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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 12:40

DWDU

   English version follows after the french version. Please excuse mistakes.

FRENCH VERSION

   Après un départ de Montréal avec une formidable bande de coureurs aussi fous que moi qui avaient accepté de me supporter pendant deux jours, la direction de l'aventure était plein sud, vers les Adirondacks, une chaîne de montagnes de l'Etat de New York offrant de superbes paysages, à travers monts et lacs sauvages. Aventure n'était pas une exagération ce jour-là. Au bout de 300km de route goudronnée, le chemin à suivre devient subitement une piste de terre vallonnée, torturée de virages, à un tel point que la voiture de devant disparait sans arrêts pour refaire surface quelques secondes plus tard. Et puis, après quelques kilomètres, la piste meurt sur les rives d'une rivière, dont les eaux sont doucement filtrées par un barrage. Ici, il n'y a ni eau courante, ni électricité, ni réseau pour les téléphones portables. Pas de doute, c'est bien la bonne place. Nous sommes au Wakely dam.

Photo-0214

Photo-0219   Et dans ce bout du monde, il y a pourtant des gens. Des coureurs plutôt. Tout le monde semble être à la bonne place. Lorsque je marche dans une grande ville, lorsque je vois tous ces gens étouffés par la vie sociale, je me sens comme une pièce de plastique qu'on essaie de faire rentrer dans le mauvais moule. Ce n'est pas mon monde. Et quand j'arrive dans un endroit comme le Wakely dam, la mascarade cesse. Tout le monde sait pourquoi il est là, et ne voudrait être à aucun autre endroit dans le monde. Nous sommes tous tels des figurines bien rangées dans la bonne étagère. 

2

   L'ambiance des grandes courses est là : pasta party de veille de course, montage de tentes, débarbouillage dans la rivière, et à 22h je ferme les yeux. Lorsque je les rouvrent, il est 4h. Je m'habille a la lumière de mon téléphone. Un bus part à 4h30 pour nous amener à une cinquantaine de kilomètre de là. Le but est donc de rentrer en courant au Wakely dam, en utilisant le Northville-Placid trail, un sentier de 52,5km traversant les montagnes et parfois les lacs lorsque les ponts sont encore debout. Le mot aventure devrait prendre tout son sens sur ce circuit, car il n'y aura pas de ravitaillement, pas de secours, rien. Pas de possibilité d'abandon. Il faudra gérer son eau et sa nourriture correctement, à moins de savoir cuisiner l'orignal. Le jour se lève à peine que le départ est donné à 6h30. Les 62 trail runners lâchent les freins et se font engloutir par la forêt les uns après les autres.

6

Photo-0227   Le sentier est fantastique. Il serpente à travers une forêt impénétrable, avec une largeur ne dépassant pas 50cm. Parfois, le terrain est si accidenté, ou si humide, que des troncs d'arbres font office de passerelles. Je prends un rythme assez élevé, un peu plus de 10km/h, de façon à me glisser dans le groupe de tête et sortir du peloton. Au bout de quelques kilomètres, lorsque je suis complètement seul dans les bois, avec une demi douzaine de coureurs devant moi, je prends mon rythme de croisière, environ 10km/h ou un peu moins. Malgré les sous bois, la chaleur me fait boire énormément. Je me force à courir dans les montées, puis, voyant que j'ai beaucoup d'avance sur ceux derrière moi, je me décide à prendre un rythme plus cool, et à marcher lorsque les montées l'exigent. De plus, mon eau diminue. Lorsque mon GPS indique la mi-parcours, 26km, en un peu moins de 2h45', un magnifique pont de bois traverse le West Canada lake. Ce lac est si sauvage qu'on a l'impression qu'à chaque instant un caribou peut débouler sans prévenir du bois pour se raffraichir dans les eaux vertes. Ces eaux si vertes. Mais une fois dans le Camelbak, cette poche d'eau de 1,5 litre qui m'accompagne sur les longs voyages, cette eau n'a pas l'air si terrible. Je n'ai pas hésité en effet à le remplir dans le lac. Si j'ai bu 1,5 litre à la moitié du chemin, il est clair que je dois faire le plein avant la fin. Et quoi de mieux que les eaux sauvages des Adirondacks pour puiser l'énergie pour affronter ses sentiers ? Et je reprends ma route.

Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0035 1   Dès lors, les ponts s'enchaînent au-dessus des lacs et des rivières, lorsqu'ils ne sont pas écroulés, ce qui ne fait qu'embellir le charme de la course. Lorsque je ressens un coup de fatigue, après 30km de course, je n'hésite pas à puiser dans mes réserves. C'est aussi à ce moment là que le mental prend la relève. Je dépasse quelques coureurs, et ça m'aide. Puis j'atteins 35km. Et 40, 45km d'après mon GPS. J'ai à nouveau fini mon eau, ainsi que toutes mes réserves de nourriture. Il n'y a plus un seul ruisseau ou lac à présent. Qu'importe, je me sens d'attaque pour ne faire qu'une bouchée de cette poignée de kilomètres restante. Je prends un rythme soutenu pour finir au plus vite les 7,5km, sans eau ni nourriture, sous le soleil de 11h30, après 5h de course. A 51,5km, les piles du GPS lâchent. Je continue sans broncher, car l'arrivée se situe surement au prochain virage. Je cours 5 minutes. 10 minutes. 20. Ma vitesse diminue, et je me déshydrate. Pas de rivières, et cette route qui s'éternise, qui s'allonge. J'ai l'impression de reculer. Pourquoi ce kilomètre est il si long ? Un doute effroyable m'envahit : je me serais trompé de route ? Puis un coureur me dépasse sans que je ne puisse tenir son rythme, mais -ouf!- je suis sur le bon chemin. Je croise alors un coureur qui s'entraine, dans le sens opposé au mien : "- How long is the way until the Wakely? - About 40 minutes". Mon moral tombe complètement à plat.

10   Je peste contre mon GPS qui a confondu les kilomètres et les miles, je rage contre ma soif et rêve de trouver un Coca frais au bord du sentier. J'ai de plus en plus de mal à avancer sans marcher. Et ce sentier qui n'en finit plus. Je tourne en rond, si ce n'est pas sur la course, c'est dans ma tête. Et puis cette soif... C'est alors, qu'au détour d'un virage, je tombe sur une rivière à l'eau brun rougeâtre. Je me jette à ses rives comme un chien sur une saucisse, et, les yeux surement injectés de sang, j'en bois à grandes lampées. Lorsqu'un autre coureur s'en vient, je repars aussitôt, mais j'ai hélas trop puisé dans mes réserves pour suivre son pace. Nous échangeons quelques mots sur la difficulté de la course et je l'invite à m'abandonner à mon sort. Heureusement, comme toute les bonnes choses ont une fin, je tombe peu après sur le site d'arrivée, et c'est avec une grande joie que je franchis la finish line arborée de drapeaux américains. Et c'est avec une plus grande euphorie encore que j'ouvre la glacière et me prends un Coca frais : mon rêve s'est finalement réalisé. On m'annonce ensuite que je suis 5ème en 5h51'. Je suis plus que satisfait de ce classement, mais ne peux m'empêcher de songer aux deux coureurs qui me doublent sur le final, et finissent à 1 et 4 minutes devant moi. Dire que j'étais 3ème durant une bonne partie de la course. Mais je préfère rester sur une note positive en me félicitant de ne pas être malade malgré les litres d'eau de rivières et lacs que j'ai bu. Je me prélasse dans la rivière le reste de la journée, et mange, en attendant les amis canadiens qui ne devraient plus tarder. J'échange avec les coureurs et les organisateurs, notamment Doug et Kimberlee Gardner, les race directors, dont la sympathie m'amène à promettre de rédiger un résumé de course sur mon blog... en anglais!...

 

ENGLISH VERSION

    The road is long for he who does not pursue his dream to the end. But the road is not less long for he who wants to live them. That's why I decided to ride the 300km from Montreal, QC, Canada to Piseco, NY, USA with a gang of ultrarunners as friendly as athletes. Piseco. Because it was there the adventure will begin. And "adventure" was not the wrong word to qualify this day in the Adirondacks park. 

Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0029 1   After 300km, the route becomes a dirt road, tortured by turns and rocks. Ahead, the car disappears, appears, and then, suddenly, the path stops in a wild place on the shore of a lake. There is  no drinking water, no electricity, the cells cannot receive any signal. No doubt, we are at the right place. Here is the Wakely dam. 

Untitled   And at this "end of the world", there are peolple. There are runners. For the first time, I forgot the stress of the city, I opened my eyes and I discovered another world. In a big city, when I see all these people stifled by the social life, I feel myself like a piece of plastic that someone tries to bring in the wrong mold. At the Wakely, the masquerade stops and the best appears. Everybody knows why he is here. Everyone has a goal in his mind.

Untitled2   The atmosphere of the great races is here: pasta party, going up the tents, shower in the river and at 10pm, only the sound of the wind in the treescan be heard. I close my eyes. When I open them, it is 4am. I have 52km to run today. I dress thanks to the light of my cell phone. I eat one or two energy bars with orange juice. The bus leaves at 4:30am and bring us somewhere in the Adirondacks at 1 hour from the camp. To complete the race, we have to follow the Northville-Placid trail that meanders between the mounts and the lakes and finishes at the camp, 52.5km at the south. There will be no aid stations. We will have to use food and water as intellignetly as possible, unless someone knows how to cook mooses: this is adventure. At 6:30am, the 62 runners are engulfed by the forest.

5Photo-0231   The trail is awesome. It is 50cm width but it is enough to go through the wild nature. The ground is sometimes so wet that tree trunks are used as bridges to pursue the path. I take a good speed to run with the first ten runners at the head of the race. After a few kilometers, I am completely alone, so I decide to slow down. I think I am enough far from the pack, and I would like to listen my body now to go as long as possible with good feelings. The weather is warm, and I drink a lot. After 26km (according to my GPS) and 2h45', I have drunk the whole drop bag, 1.5 liters. I have no choice: I fill up in the green water of the West Canada Lake. That's not a bad idea, only the water of the Adirondacks can help me to face up with the mountains. And I continue to run.

9               Km after km, hours after hours, bridges -when its are not out- bring me through the lakes and the river. I feel the weight of water on my spine decreasing. But I feel the finish approaching too. The 30-35th km were tough mentaly. Fortunately, after the 40th, the smell of the stable makes easier the run. And I passed 2 or 3 runners, so I feel stronger. At 4km from the end, I finish all the water and all the food. No problem, I can go without, it might not be too long. I have 48km and 5 hours in my leg, however I take a good speed in order to run these 4 last km in 20/25 minutes. My GPS shows 51,5km done when the battery dies. No matter, only one kilometer is OK. I run 5 minutes. Then 10 minutes. 15. Hey, why it is so long ? After 20 minutes, I see someone going in the opposite way: "- How long is the trail until the Wakely? - About 40 minutes". Arg! I don't know why my GPS made me this joke, I was not at 1km from the finish but certainly 5 or 6. I am so angry against it. It does not lastwhen my thirst finally outweighs my anger. I didn't see any river or lake for 30 minutes, and I am dreaming about finding a fresh Coke behind a tree. A runner passes me. I can't follow him.

10  15 minutes later, I hear the sound of a little river. When I see it, despite the reddish water, I plunge my face like an deshydrated animal. I drink a lot, and another runner passes me.  Immediately, I try to follow him but it is impossible, I have not enough energy. We speak about the difficulty of the race, and I ask him to leave me to my fate. Finally the finish line  appears and makes me so joyful. I am 5th overall, I needed 5h51' to run the Damn Wakely dam ultra. I am so happy to be a Wakely finisher. But I am happier when I open the icehouse to take a fresh Coke: my dream comes true!

Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0044 1 Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0039 1

e9d31880550370801b9b88ef6e41db8eDAMN WAKELY DAM ULTRA - 52,5KM - 1200M+ - 1100M-

5h51'42''

8,956km/h, 6'42''/km

4347kcal

5ème sur 62 partants

1er men 20/29 years.

Les photos ici - pictures here.

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Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - ultra
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