Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 12:02

Sans-titre.jpg

    Après deux ans déjà passés à patauger en piscine, 5 ans à galoper et 8 ans passés à pédaler, le triathlon se dessinait comme un passage obligé dans ma vie, une étape inévitable. Alors autant faire ça en grande pompe. Ce triathlon que j'avais décidé de faire il y a 9 mois, le Mooseman a le prestige d'une grande course, puisqu'il fait parti des 49 IronMan 70.3 dans le monde qualificatifs pour les championnats du monde d'IronMan 70.3. Pourquoi 70.3 ? Parce qu'un IronMan 70.3 est un half IronMan, la moitié d'un Ironman classique, soit 1,9km de nage (1,2 mile), 90km de vélo (56 miles) et 21,1km en courant (13,1miles), ce qui fait 113km au total, soit... 70.3 miles.

   Ainsi, dès Noël 2010, les économies avaient filé dans l'inscription à cette course et dans la combinaison. Combinaison que j'ai regardé tous les matins pendant 6 mois. Autant dire que ce triathlon, je l'attends comme l'arrivée de la pluie dans le sahel. Et en arrivant à Newfound Lake, dans le New Hampshire, USA ,dans un lieu où les vélos à 10 000 euros sont aussi courants que les melons à Cavaillon, dans ce lieu où la marque IronMan est visible à peu près partout, j'étais comme un gosse qui ouvrait ses cadeaux de Noël. C'était d'ailleurs un peu vrai.

 

  Photo-0177 Photo-0178

   Et après avoir récupéré mes innombrables dossards (pour le dos, le ventre, le vélo, le casque, le sac de transition), m'être fait marqué par un bracelet avec mon numéro de dossard, bracelet que je vais garder 24h, j'ai pu découvrir toute la magie du lieu accueillant cette course, ce qui est aussi la particularité des courses labellisées IronMan, elles se déroulent dans des lieux fantastiques. Je croise des athlètes typés nord-américain, des joues creuses mais avec des mâchoires carrées et de larges épaules. Ces sosies de Lance Armstrong donnent un synonyme de performance rien qu'à leur faciès.

Photo-0182 Photo-0180

   Demain, le départ de la première vague aura lieu à 7h. Je suis dans la troisième sur les neuf, et je partirai donc à 7h04'. Je m'apprête à passer une deuxième nuit dans la voiture, après la première faite pour le trail de Sutton de ce matin, qui m'a d'ailleurs bien mis en jambes, et bien mis l'eau à la bouche, tout comme le marathon d'Ottawa de la semaine passée. Je dors comme une souche jusqu'à 5h du matin, car il me faudra du temps pour vérifier une bonne douzaine de fois le matériel. C'est nouveau pour moi, autant de choses à prévoir, bonnet, lunettes, combi pour la nage, chaussures, chaussettes, casque pour le vélo, autre paire de chaussures et lunettes de soleil pour la course à pied, et puis le cardiomètre, le cuissard et le haut de corps qui m'accompagnent pendant les 6h de course, sans oublier les dizaines de barres de céréales et autres gels énergétiques qui se glissent de partout, sur le vélo, dans les poches du cuissard. Je transporterai aussi deux gourdes d'eau sur le vélo et un camelbak avec le nécessaire anti-crevaison et une poche d'eau. Pour la course à pied, je serai plus léger, sans rien à porter. Je me fait écrire au marqueur mon numéro de dossard sur les deux épaules, et mon age sur le mollet gauche. Je vérifie la pression des pneus, 8 bars, pas un de plus ni un de moins, et enfile la combinaison. Je me dirige vers la plage où les 1121 nageurs se rassemblent déjà. Je me glisse un peu dans l'eau, elle est gelée. Puis la première vague part. Ce sont les pro men. La tension est à son comble. Je suis surexcité. La deuxième vague se met à l'eau, ce sont les pro women. Chaque coup de pistolet s'accompagne de clapotements et d'applaudissement des spectateurs. Puis c'est au tour de ma vague de se mettre à l'eau, les 18-29 men (hommes de la catégorie 18 à 29 ans). C'est parti.

11 10

   Je sens soudainement toute cette eau froide rentrer dans la combi, qui me serre, gêne mes mouvements. J'ai l'impression d'être dans une machine à laver, tout le monde se rentre dedans. Je ne parviens pas à prendre de grande bouffées d'air pour plonger sous l'eau et expirer, ni à trouver un rythme. Mes mains et mes pieds sont tétanisées par le froid, et puis cette combi serre tant ! Je n'arrive à respirer que par petites, courtes et très rapides inspirations, je suis même à la limite de la crise de panique. L'idée d'abandonner pénètre mon esprit puis en ressort aussitôt. Plutôt crever noyé que d'abandonner. Je nage alors la tête complètement hors de l'eau. C'est épuisant pour les bras, mais j'avance, et régulièrement je retente de trouver le rythme habituel que j'ai en piscine, mais rien à faire. Je passe le premier kilomètre et comprend que je vais devoir faire toute la distance comme cela. Le temps s'écoule vite, je parcours deux fois par semaine en piscine ces 1,9km, mais d'une autre manière plus classe qu'aujourd'hui. L'épuisement se fait sentir, et j'attrape quatre crampes à 400m de l'arrivée de la natation, à chaque épaule et chaque mollet. Le froid ayant tout anesthésié, je sens juste le muscle se contracter, une légère douleur, mais rien de plus. Puis, enfin, je sens le sable sous mes pieds, au bout de 46 minutes, j'ai finalement vaincu l'aller-retour sur le Newfound Lake. Mais je ne signe que le 798ème temps sur 1121.

5 9

   Puis tout s'accélère, deux bénévoles se ruent sur moi et m'arrache ma combi. Je me dirige alors vers le vélo. Mes mains transies de froid ont du mal à enfiler les chaussettes, chaussures, etc... Je fait une transition horrible, plus de 5 minutes. Il n'y a pas pire comme début de triathlon. Puis je monte sur le vélo... et pars comme un obus.

1   En attendant que mes jambes dégèlent, je profite de l'absence de sensations pour filer comme le vent. Je file à 36, 37 km/h. J'évite de prendre l'aspiration des autres, ce qui est interdit. Au kilomètre 10, je sens enfin mes jambes. Les premières montées arrivent, le profil est montagneux. Je les avalent comme des bonbons, ma frustration s'est transformée en énergie. Je double les athlètes à la pelle, la moindre montée est synonyme de clignotant à gauche pour moi, car tout le monde reste bien sage sur son vélo, et moi je force en danseuse comme un sprinteur. Une côte à 16% oblige même des triathlètes aux casques profilés à mettre pied à terre et pousser. J'évite de leur faire trop de vent en les dépassant. Puis le parcours devient plat et roulant sur plusieurs dizaines de kilomètres. Je met un point d'honneur à ne pas me faire dépasser. Je prend en chasse le moindre "jambes rasées-casque profilé-vélo à 10 000 euros" qui me double. Cette chasse s'avère parfois bredouille face à ces avions de chasse, mais je ne file pas à moins de 38 km/h.

   Puis la première boucle se termine en 1h27', plus que 45km, on repart sur le même circuit. Je commence à manger, et boire aussi, car la température grimpe. Les montées dans cette deuxième boucle semblent s'être allongées, et je ralenti un peu le rythme mais continue de doubler. A l'arrivée du plat, je m'offre une pause toilette pour fêter tout ça. Et puis je reprend la cadence infernale. A 10km de l'arrivée, je décide de préparer ma transition vélo/course à pied, réputée très difficile. Je mange et bois deux fois plus, et lâche quelques pignons pour faire tourner davantage les jambes. Je finis les 90km en 3h07'. Je suis remonté à la 470ème place. J'ai doublé plus de 300 cyclistes, et je suis dans la première moitié du classement, cependant, il reste la course à pied.

8 slideshow6

   Mais lorsque je commence à courir, les jambes avancent toutes seules. J'ai l'impression que je n'ai rien fait auparavant et que je sors du lit. Je suis léger, sans rien sur le dos, et j'ai l'impression que j'ai juste à attendre que mes jambes fassent le travail, elles s'en sortent plutôt bien. Je prends un bon rythme. J'ai quatre portions de 5,25km environ à faire. Je décide de manger et boire à chaque ravitaillement, tous les miles, pour conserver cette fraicheur étonnante et sympathique. Je passe en 25' les 5,25km. Puis à nouveau en 25' les 5,25km suivant, comme un métronome lancé à 12,6km/h. Déjà plus de 10km et je double toujours du monde. Certains marchent , à bout de force. Une ambulance me dépasse, puis plus loin, je vois un coureur entouré de secouristes. Je me sens capable de tenir le rythme sur des dizaines de kilomètres, surement grâce au luxe d'une deuxième pause toilette (je me plis à tous les caprices de mon corps, je lui dois bien ça en ce jour d'efforts nouveaux). Gardant ma vitesse de croisière, je me rapproche de l'arrivée.

"And now, Sacha Cavelier, Robion" with american accent.

4 7

   La foule par centaines encourage les finishers. L'ambiance d'un IronMan 70.3 américain, c'est ça, des applaudissements pour tout le monde, du premier au dernier, et le respect éternel pour tous ceux qui arborent le Tshirt et la casquette de finisher. Je passe la ligne au bout de 5h48' de course, en serrant les poings, mais pas les dents. Depuis que j'ai enlevé la combinaison, ça n'a été que du plaisir. C'en enlève presque son charme à l'half IronMan. J'ai fait mon semi marathon en 1h45', et j'ai encore doublé une centaine de coureurs, pour arriver à la 367ème place.Quel plaisir d'entendre le speaker américain prononcer "Now, Sacha Cavelier, from Robion" (ou plutôt Reubiun avec l'accent américain), peut être la première fois que le nom de cette ville est prononcée dans ce pays.

Photo-0184 Photo-0190

 

6 slideshow2

   Le temps est ensoleillé, le poulet au maïs est délicieux, et les jambes sont en pleine forme, comme si je venais de faire mon footing du matin. Pas une courbatures. J'ai vécu des moments fantastiques aujourd'hui, et chaque jour je me dis que je suis incroyablement chanceux de les vivre et d'avoir des proches qui ont rendu cela possible. Il y a eu des bonnes surprises sur ce premier triathlon, et puis des mauvaises. Et les unes comme les autres sont un tremplin qui me pousse à récidiver, à me dépasser, à envisager de faire plus long.

Photo-0191Une des bonnes nouvelles, c'est qu'on ne rentre pas les mains vides des IronMan 70.3 : Le sac plein de bricoles, la tête remplie de souvenirs.

IRONMAN 70.3 MOOSEMAN - 1,9KM+90KM+21,1KM

5h48'27''

Swim : 46'46'' (2'27''/100m, 798ème après Swim)

Transition 1 : 5'28''

Bike : 3h07'45'' (28,761km/h, 470ème après swim+T1+Bike)

Transition 2 : 3'01''

Run : 1h45'27'' (12,006km/h, 5'00''/km, 367ème classement final)

4442kcal

367ème sur 1121 arrivants

14ème men 18/24 years.

Les photos ici.

Partager cet article

Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de triathlons 70.3
commenter cet article

commentaires

SPONSORS

 

 

 

 

 

*******************************************************

Suivez-moi sur Strava

Sacha Cavelier


 

Instagram