Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 18:52

Sans titre-copie-7

556175_373864302649682_177129298989851_924983_417346505_n.jpg   The North Face endurance series est un circuit de trail de niveau relevé à travers les Etats Unis  dont la première épreuve se déroule à Bear Mountain, un parc naturel à une heure de New York, autrement dit accessible en voiture depuis Montréal, mais surtout dans une date parfaite pour mon calendrier : loin des objectifs de triathlon de l’été, et dans la continuité des trails d’hiver courus en France. Et puis surtout, voilà une occasion de tester mon endurance en pleine préparation à l’Ironman, et de concilier ainsi mes deux passions, le trail et le triathlon. Je me suis donc facilement laissé convaincre par les arguments que présentait la course de 50miles. 80,5km de plaisir en pleine nature, c’était dit, j’allais être gâté pour mon deuxième 50miles, un an jour pour jour après le premier, The Wapack and back trail. 576623_3400427406736_1151331464_32509256_718563476_n.jpg

   Ainsi, vendredi 4 mai, me voilà au départ de Montréal en compagnie d’Eric Turgeon, ex-triathlète élite s’essayant avec succès sur l’ultra, son frère Pierre-Luc, le pacer, et son copain Brent. Les pacers, ou lapin ou encore lièvre en Europe, sont ceux qui donne le tempo aux autres coureurs, notamment dans les moments difficiles. Pierre-Luc guidera donc Eric dans les 16 derniers kilomètres du trail, les plus durs. Je passe la journée à dormir dans la voiture et à reposer mes jambes, avant de découvrir le havre de paix que représente ce parc de Bear Mountain : des arbres, du vert, des montagnes à perte de vue, un air pur, un calme parfait. Dur d’imaginer l’apocalypse des klaxons des voitures newyorkaises à une heure à peine. Après avoir repéré les lieux au départ et fait le plan de match du lendemain, nous nous couchons à 10h le soir. Bref, j’aurais passé la journée à dormir sans une goutte de sport, ce qui ne m’était pas arrivé depuis un peu plus de six mois.

292108 373034626065983 177129298989851 924185 1239834632 n19   Le lendemain, Eric me réveille à 2h45. La nuit a été courte et nerveuse comme toujours. A 3h30 nous partons en voiture rejoindre la navette qui à son tour nous mènera au départ. Dans la nuit fraîche et humide, je rencontre la dream team québécoise, tous les habitués du trail dans la région de Montréal, qui n’auraient manqué pour rien au monde ce rendez-vous. Nous nous encourageons avant de rejoindre la ligne de départ. Je veux briser le 10h. Mais il y a 6 jours encore je faisais une énième sortie de préparation Ironman, et il y a 4 jours à peine je n’arrivais pas à courir sans ressentir une fatigue extrême. Vais-je être rattrapé par la fatigue ? 5h, le départ est donné, la réponse dans 10h environ. 564920_460686767280599_163101033705842_1970279_1682174093_n.jpg

   La première heure de course se fait dans la nuit et l’humidité. Très vite mon tshirt est complètement trempé, mais il ne fait pas froid. A la lueur des frontales, nous nous faisons surprendre par de petites rivières traversant le parcours. Mes jambes inhabituellement reposées depuis deux jours répondent très bien, trop même, car je pars un peu trop vite dans les single tracks. Au bout de 5km je passe le premier ravitaillement où je ne m’arrête même pas, à ce stade de la course, ce qui ne sera pas le cas plus tard. Puis le jour se lève et dévoile un épais brouillard qui a envahi les montagnes pendant la nuit. Nous n’aurons pas les vues promises sur les sommets, mais cette atmosphère mystérieuse omniprésente et véhiculée par le calme plat, le brouillard, l’environnement humide crée un univers dans lequel je n’avais jamais couru auparavant. J’en ai du mal à retenir mes jambes.

540250 460690297280246 163101033705842 1970359 823638565 n   Heureusement elles ne se manquent pas à me le rappeler, et dès les 20km de course, un petit coup au moral me fait diminuer l’allure. Peut-être parce qu’à ce moment on fait le calcul de ce qui reste, et de ce qui est fait, ce qui n’est pas si mal, et on commence alors à se préserver. Et dès le kilomètre 30, le moral revient au beau fixe, c’est un bonheur que de monter dans la boue, crapahuter sur les crêtes rocheuses, se frayer des passages dans la végétation, descendre en équilibre sur les rochers. Le terrain varie, et le profil de la course est en dents de scie tout le long, nous avons donc sans arrêt des petites descentes et remontées, agrémentées de courts passages très techniques, mais globalement le circuit reste roulant, avec parfois de belles lignes droites dans des single tracks boueux et agréable. La course est la hauteur de mes attentes, et tout se déroule très vite jusqu’au kilomètre 64 environ. Les différents ravitaillements me permettent de vérifier mon allure, et j’avance parfaitement bien, à 5miles de l’heure, soit 8km/h, en plein sur mon temps de 10h visé… Si tout va bien. Ces ravitaillements -il y en a une dizaine sur le parcours- sont importants, ils permettent d’avancer par petits objectifs, car il est beaucoup plus facile mentalement de se dire « allez, dans 3km se trouve le prochain ravito », plutôt que « allez, 45km dans les baskets, plus que 36 ». A ces ravitaillements, je remplis parfois mon Camelbak, mais prends toujours à grignoter : au début du sucré, comme des oranges, des barres de céréales, des gels énergétiques, mais au bout d’un moment le corps sature du sucre, et à partir de 35km de course environ, je commence à prendre du salé : biscuits apéritifs, fromage, et surtout, le plat préféré des trailers, des patates chaudes que l’on trempe dans du sel. Le sel fixe l’eau dans le corps, apporte des minéraux pour remplacer ceux qui sont évacués par la transpiration, et empêche l’estomac de saturer en sucre, car si cela arrive, plus d’eau ni aliment ne peuvent être assimilés, et le coureur va droit au mur. Bref, ce sera double ration de patates salées pour moi jusqu’à la fin, accompagné de bananes pour éviter les crampes. Duo gagnant, je n’en aurais pas une.

403397_3162051566005_1106811093_32484434_894854060_n.jpg   Les supporters sont formidables à chaque ravitaillement, 149747_372387179464061_177129298989851_922511_1545762351_n.jpget je fais la connaissance de Martin, coureur québécois, à mi-parcours, avec qui je courrai jusqu’à la fin. Les discussions alternent avec les courses silencieuses, mais en courant plus de 5h côte à côte, nous sommes partenaires de vie et de mort. Je le pace à bonne allure jusqu’au kilomètre 64, car je suis bien durant toute cette partie, bien physiquement, et bien dans ce vaste espace naturel sauvage. Le kilomètre 64 est une autre histoire. Certes je ne connaitrai pas un mur aussi terrible que sur mon premier 50miles l’an passé, mais après le ravitaillement du kilomètre 64, je bascule dans une mauvaise passe. Un down. Martin prends alors le relai mental pour arriver à bout de l’épreuve. Les descentes me paraissent tellement plus techniques, les montées tellement plus raides, même les lignes droites paraissent terriblement plus droites. Parfois une prise de sucre me redonne l’envie de courir, une illusion qui s’évanouit en quelques minutes. Mais je fais l’effort de ne marcher que dans les montées, jamais sur le plat, un effort mental que je suis fier d’avoir su tenir jusqu’au bout avec le recul. Les ravitaillements sont plus rapprochés sur la fin, ce qui aide à tenir. Martin semble plus à l’aise que moi à une demi-douzaine de kilomètres de l’arrivée, et je lui dis de me laisser là, je ne veux surtout pas le ralentir. Je me retrouve seul avec moi-même, dans mes pensées, dans ma douleur, dans ma passion. Je rattrape des coureurs des autres distances, peut être le 50km ou le marathon, partis plus tard, et pas dans un meilleur état que moi. Je positive au maximum, je me dis que j’ai plus de 75km dans les jambes, et que je réalise peut être pas une grande chose, mais en tout cas une longue, très longue. Hélas, les aiguilles des montres tournent plus vite dans la douleur, et mon objectif de 10h s’envole. Cependant ce qui m’importe à présent, c’est plutôt de finir, car de toute façon, je battrai mon temps de 11h59 de l’an passé. J’assoupli le plus possible ma foulée dans les dernières descentes. C’est peut-être le cent millième ou le millionième pas que je fais, et je cours encore, j’ai surement transpiré trois litres d’eau, j’ai une furieuse envie de m’allonger dans l’herbe et de regarder à quoi ressemblent mes orteils… Voilà à quoi ressemblent les pensées d’un coureur après plus de 10 heures de course. Puis le micro du speaker de l’arrivée brise le silence auparavant rythmé par les pas et les essoufflements des coureurs. C’est la récompense après laquelle je cours pendant toutes ces heures, et les douleurs disparaissent. Je distingue la ligne à travers les broussailles, maintenant je la vois nettement, peut-être à 500m. En arrivant sur les derniers 300m, sur du bitume, je tombe sur Martin, qui m’attend. « On a couru 5h ensemble, pas question que je t’abandonne si près du finish ! ». Et c’est ensemble que mettons un terme au périple américain. Partenaires de vie et de mort.

13.jpg   J’ai finalement franchis la ligne en 10h37’, en 53ème position sur 275 coureurs. Ce n’est pas ma meilleure place, mais c’est en tout cas l’une des plus dures physiquement et mentalement, et c’est donc l’une desquelles je suis le plus fier d’avoir terminé. Je suis satisfais de mes capacités d’endurance qui me seront utiles pour la longue saison à venir, mais encore plus de l’expérience de cette course : cette rencontre avec le milieu naturel, ces rencontres que j’ai pu faire : Martin, Eric qui a fini brillamment en 9h09’, et tous les autres que j’ai pu voir et revoir à l’arrivée, ou d’autres encore rencontrés au hasard sur un trail aux Etats Unis l’an dernier, qui se rappellent de moi 10 mois plus tard quand vous les revoyez par un deuxième hasard. La discipline du trail est une famille, dont chaque course est une fête de retrouvailles. Alors il s’agit maintenant de fêter dignement 80,5km en kilos de pâtes.

 

THE NORTH FACE ENDURANCE CHALLENGE BEAR MOUNTAIN - 80,5KM - 2145M+

10h37'59''

7,571km/h, 7'52''/km
53ème sur 275 partants, 234 finishers
10ème men 16-25 years.

Partager cet article

Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - ultra
commenter cet article

commentaires

SPONSORS

 

 

 

 

 

*******************************************************

Suivez-moi sur Strava

Sacha Cavelier


 

Instagram