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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 17:43

   D'habitude, je ne prends pas la peine de raconter les petits trails de courtes distances lorsque le résultat n'a pas été à la hauteur de mes espérances. Mais ces derniers temps, en choisissant de courir la plupart des trails du challenge des trails de Provence, j'ai placé la barre haute, et me retrouve sur des courses de niveau relevé. Et puis le travail en fin de semaine fait qu'il est parfois difficile d'arriver avec un bon état de fraicheur le dimanche, lorsqu'on a passé 6h debout le vendredi et autant le samedi. J'ai tout de même réussi à me glisser dans le top 10 du trail de Jouques 2011 sur le 25km (8ème), mais ensuite, plus rien : 14ème au trail nocturne de Bonnieux 2011 (25km), 18ème au trail de Noël de Cavaillon 2011 (13km), 12ème au trail de Mormoiron 2012 (21,5km) ou encore 17ème au snowtrail de Chabanon 2012 (24km). Du coup, moins de choses à raconter, pas de grande bataille en tête de course comme en 2010 et début 2011 et moins de longs récits de trail de courte distance. Mais les chronos continuent de s'améliorer. Le fait de choisir des trails de niveau relevé me permet de me tirer vers le haut, de me faire progresser, il faut juste s'habituer à retomber dans un top 20 moins glorieux dans les classements généraux. Cependant, sur des évènements de 500 participants, et avec des noms de renommée nationale devant, il est permis de relativiser.

   Le trail de la galinette n'a pas dérogé à la rêgle. Une 20ème place à l'arraché, sur un gros trail du challenge de Provence. Mais il s'est passé bien des choses, en mal ou en bien, ce jour-là, alors autant sortir la plume et l'encrier.

 

   Depuis quelques jours déjà, la vague de froid sibérienne brûle la France de ses morsures gelées. Le relief accidenté de Provence accueille les premières chutes de neige, et le préfet a recommandé d'annuler toutes les compétitions sportives en ce dimanche 5 février. Heureusement, les organisateurs du trail de la galinette, plus habitués aux excursions sportives qu'aux confortables bureaux Louis XVI chauffés, ont décidé de maintenir le trail, au grand bonheur des coureurs, mais sur un parcours de 28km au lieu du 37km initialement prévu. Puis, face au grand froid matinal ayant congelé une partie des sentiers, tout le monde a du se résoudre à s'élancer sur un 18km enneigé autours de Cadolive, petit village à deux pas de la mer. La déception de ne pouvoir s'élancer sur du long donnait ainsi une première raison de partir à bon rythme dès le départ.

   Puis, en regardant de plus près le profil de l'épreuve je me rends compte que la principale difficulté est la première côte, très pentue. Les montées, c'est là où je gagne du temps, plus que dans les descentes. Et les autres côtes du parcours ne sont pas aussi raides que la première. Voilà une deuxième raison pour moi de me mettre dans le rouge, d'entrée, pour prendre le plus de temps dans la première difficulté. Ensuite, mon ami Christian avec qui j'ai fait le déplacement, m'annonce qu'il y a un étranglement dès le premier kilomètre, et il faut passer avec les premiers pour éviter d'y perdre du temps. Troisième raison de partir très vite d'entrée. C'est dit, je partirais comme un boulet de canon.

   En attendant le départ, je rencontre alors avec surprise un seigneur du trail européen : Andy Symonds. Cet écossais du team Salomon France s'est récemment installé dans le sud de la france, et a brillé par sa victoire au festival des templiers 2011. Les templiers, ce sont 77km de trail exigeants, avec 2800 coureurs au départ. Et Andy s'était offert le luxe de planter 12 minutes au champion du monde de trail 2010, Thomas Lorblanchet. Je saute alors sur l'occasion pour parler avec Andy quelques minutes. Son gros objectif 2012 est le trail du Ventoux en mars. Nous parlons aussi de Kilian Jornet, avec qui Andy a eu la chance de courir. "Kilian, je suis très content lorsque j'arrive à le suivre sur des trails de moins de 50km, mais sur les plus longues distances, ce n'est même pas la peine d'essayer". Puis, j'aperçois Guillaume Le Normand, vainqueur de la CCC 2008 (l'une des épreuves de l'Ultra Trail du mont Blanc, un 92km disputé par des milliers de coureurs chaque année), et de nombreux trails provençaux. Bref, de gros poissons sur cette deuxième étape du challenge des trails de Provence...

Trail galinette 2012   Le départ sonne donc à 9h30, sur une route verglacée. Fidèle à ma stratégie, je me mets aux avant-postes pour ne pas perdre de temps au fameux étranglement. La route monte et je suis plutôt à l'aise. L'étranglement surgit lorsque le parcours quitte le bitume pour s'enfoncer dans une montée technique dans les bois. le rythme est fort, et au moment où je décide de baisser un peu le rythme pour ne pas exploser, je me retourne et constate que le trou est fait. Et devant moi, il y a... Le Normand et Symonds...

Oups, si je reste avec ces deux-là, je risque le gros sur-régime, ce n'est pas raisonnable. Mais faire 1h30 de voiture à -10°C sous la neige qui tombe à 6h du matin pour courir dans le froid, c'est déjà déraisonnable. Alors autant aller au bout de ma connerie. Et puis, il faut dire que je regarde mes idoles du trail avec un oeil autant admiratif que jaloux. C'est pourquoi aujourd'hui en me retrouvant à courir à leur côté, ce n'est pas la raison qui décide. J'opère alors à un brusque changement de stratégie : je vais tout faire pour suivre la cadence dans cette montée, et limiterais la casse sur la suite du parcours. Je commence à me donner corps et âme lorsque je me rends compte que Le Normand a perdu quelques mètres sur Symonds. Dans une poussée d'orgueil, je double Le Normand et fait l'effort de recoller Symonds. Je serre les dents, me demande ce que je fais là, à suivre ce chamois qui ne marche jamais, pas même dans les plus grosses pentes, et puis arrive au sommet de la bosse, talonnant de près mon adversaire. Mission accomplie, je n'ai pas craqué. Mais la descente qui s'ensuit est une autre affaire, ce n'est pas ma spécialité, et Symonds me prends quelques centimètres à chaque foulée. Je ne force pas plus que ça, et au bout de quelques minutes, j'entends Le Normand qui me revient dessus. Cela me met la pression, et j'accélère pour descendre à fond de cale dans une descente où la neige laisse parfois entrevoir quelques cailloux. Puis, après 6 kilomètres et 35 minutes de course, alors que la pente recommence à grimper, je laisse passer mon poursuivant. Je baisse considérablement le rythme, et ce, jusqu'à la fin de la course. Je n'ai pas résisté à l'envie de me faire plaisir, de me lancer dans ce grand coup de bluff pour essayer d'inquiéter les meilleurs. Je ne le regrette pas, car ces six premiers kilomètres de courses ont été intenses. Mais tout se paie. Je n'ai plus de jus et il reste 12km de course. Incapable de relancer la machine, je compte les trailers qui me dépassent. Sur la fin de parcours, même lorsque je retrouve un peu des jambes pour sauver les meubles, c'est par groupes de cinq qu'ils me passent. Il n'y a rien à faire, et en ce qui concerne les résultats, je me classe finalement 20ème en 1h43'. A ma grande surprise, je ne suis qu'à une dizaine de minutes de Symonds. Sur un trail classique, finir à 10 minutes de la tête de course suffirait pour finir dans le top 5, mais sur un trail de ce niveau, en dix minutes, de l'eau coule sous les ponts, et des coureurs passent sous l'arche d'arrivée.

 

   Il faut toujours tenter sa chance. Les 12 derniers kilomètres de course m'ont durement rappelé mon véritable niveau, mais je ne regrette en rien d'être parti la tête dans le guidon. Et puis entre ce résultat et celui de Chabanon, je prends la 3ème place provisoire au classement général du challenge des trails en Provence ! Après trop de trails passés à se freiner, à en garder pour la fin, il est bon parfois de se faire plaisir et de vérifier la théorie par soi-même. Qu'importe de se lever à 6h dans le froid, qu'importe d'agoniser sur les deux tiers du parcours, qu'importe la 20ème place. Cette montée infernale en valait vraiment le coup.

 

TRAIL DE LA GALINETTE - 18KM - 850M+

1h43'26''

10,438km/h, 5'45''/km

20ème sur 344 finishers

8ème sénior.

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Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - trail
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