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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 18:14

TSB

 

   Après un réveil matinal un peu avant 5h et quelques heures de voiture, moi et mes compagnons de voyage quittons l'autoroute pour nous engager dans des routes de montagnes sinueuses. Les faibles lueurs du jour laissent à peine deviner d'impressionnantes masses rocheuses qui se dressent de part et d'autre de la route, qui ne se présentent que sous la forme de blocs noirs sur fond de ciel bleu marine. J'ai très mal dormi cette nuit car je vais courir ma première longue course de la saison, et le retour à la longue distance est toujours brutal en début d'année. Les virages de la route finissent par aboutir dans une gigantesque cuvette naturelle, où se situe Cuges les Pins, village des Bouches du Rhône. A quelques kilomètres de la mer à peine pourtant, personne ne semble pouvoir s'échapper des écrasants remparts rocheux qui emprisonnent la ville et qui viennent de se révéler à nos yeux en même temps que les premiers rayons du soleil sont venus les éclairer. En culminant à plus de 1000m d'altitude, 900m au dessus du village de Cuges les Pins, le massif de la Sainte Baume domine le département des Bouches du Rhône. Il fait -4°C, et en resserrant ma veste sur le chemin pour aller chercher mon dossard, je me dis qu'aujourd'hui je vais, entre autres, affronter ses pentes abruptes et ses nombreux rochers afin de gravir par deux fois son sommet. Je vais devoir gérer mes habits pour parer la fraicheur du matin et la chaleur de l'après-midi. Je vais devoir gérer mon eau pour pouvoir courir plusieurs heures entre forêts de pins et crêtes rocheuses désertiques. A 8h précises, moi, mes compagnons vauclusiens et quelques 350 autres coureurs de la France entière partirons affronter les 44,6km et 2555m de dénivelé dans les immensités naturelles et montagneuses du sud de la France.

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6827309056 85dc250d40   Les coureurs se réchauffent comme ils le peuvent sur le stade accueillant l'aire de départ. J'ai opté pour une deuxième épaisseur, que je quitterai pendant la course. J'ai avec moi un Camelbak avec 1,5 litre d'eau et quelques barres énergétique. Un peu après 8h, après le briefing des organisateurs sur les passages les plus difficiles, le coup de départ est donné. Le circuit commence par une dizaine de kilomètre de montées, qui nous mènera directement à 1000m d'altitude. Je prends un rythme confortable, et il n'est pas encore nécessaire de marcher, car la pente reste douce malgré les nombreuses pierres. Mon objectif est d'arriver sans la moindre fatigue au kilomètre 8, lieu du premier ravitaillement, car à cet endroit là se dresse la montée du grand vallon, un monstre de 2km et 400m de dénivelé. Il y sera pris le temps de chaque coureur au bas et en haut de cette montée afin d'établir un classement du meilleur grimpeur. Une course dans la course. Cette facilité que j'ai dans les montées par rapport aux autres coureurs compense mes difficultés à descendre rapidement. Mais aujourd'hui, la montée chronométrée du grand vallon est l'occasion de briller un peu.

 6827343566 0636bc74f2  J'arrive ainsi au fameux ravitaillement. Je bois, fais une pause de quelques minutes, puis un bénévole vient enregistrer ma puce à l'aide d'un appareil. C'est le moment de tout donner, et je pars à l'assault des dénivelés. Les premières centaines de mètres sont en faux plat montant, ce qui me permet de courir à bon rythme en me me faufilant entre les coureurs. Puis, le sentier devient plus escarpé et étroit. La pente augmente, mais je continue à courir à petites foulées. Je double de nombreux participants qui préfèrent marcher et conserver de l'énergie pour plus tard. Je finis par arriver dans une terrible pente sans aucune adhérence à cause de la terre séchée par le soleil se dérobant sous mes pieds. Je n'ai aucun autre choix que de passer en marche rapide, mais là encore, je continue de doubler des trailers. Mon coeur bat à son maximum, je transpire toute l'eau de mon corps, mes mollets brûlent. Je crois alors être arrivé au bout de mes surprises au sommet de la côte, lorsqu'un nouveau chemin, pas moins raide, se dévoile sur la gauche. Celui-ci est constitué davantage de blocs rocheux, et les mains deviennent à leur tour sources de propulsion pour seconder les jambes. 6827362850 c43ca7b13dMais ma vitesse diminue face à cet effort intense, et je me sens rendre les armes tout doucement. C'est en apercevant le bénévole prenant le temps des coureurs au sommet, synonyme de fin du calvaire, qu'un deuxième souffle me propulsera au point culminant des Bouches du Rhône. Je m'offre alors quelques minutes de répit, range ma veste dans mon sac, me désaltère. Quelques coureurs me dépassent en me donnant une tape dans le dos, comme pour me féliciter de ma montée, ou alors pour m'encourager pour les 35km à venir. J'ai laissé des plumes dans l'ascension, je le payerai sûrement plus tard. Mais je suis ravi de ma montée, ce qui me motive à repartir.

6835488752 6be17e8b4f   Ce formidable réveil musculaire me permet d'entamer une descente assez rapide. Je suis remontée à la 17ème place, toutefois la descente étant mon point faible, des coureurs me rattrappent. Je glisse doucement vers le kilomètre 15 et le second ravitaillement, pour enclencher ensuite la deuxième montée. Celle-là, je la prends beaucoup plus tranquille. Et en basculant de l'autre côté de la montagne, la végétation change brusquement. Nous quittons les chênes verts et l'herbe jaune poussant au milieu des pierres blanches et calcaires du versant exposé toute la journée au soleil, et c'est à présent une végétation dense et verte qui apparait. Ce versant ombragé toute la journée permet à de grands chênes blancs de former un sous bois rafraîchissant et humidifiant l'air, et il devient agréable de courir sur un tapis de feuilles mortes. Ce passage de quelques kilomètres aura été enchanteur. C'est ensuite le retour sur les techniques crêtes rocheuses : un peu de plat valloné où je parviens encore assez bien à relancer, une descente abrupte, un passage dans une grotte, et c'est le ravitaillement du kilomètre 30. Après 3h30 de course et des tonnes de produits sucrés, j'ai une furieuse envie de saucisson et de camembert avant de reprendre ma route.

6973452141 30f9b0f8096978694783 40f1ee263e b    Il ne reste alors plus qu'une quinzaine de kilomètres lorsque la descente se durcit techniquement, en même temps que la chaleur s'abat sur nous. Nous sommes alors sur une des parties les plus compliquées du parcours. Le chemin ne se devine qu'au travers des énormes blocs rocheux de la descente, et sauter de blocs en blocs est un exercice perilleux après ces heures de course dans les jambes. Il faut se montrer très prudent pour arriver entier dans la dernière grosse montée du circuit. Surtout que cette "montée de la glacière" porte mal son nom : ce n'est que le mois de mars, mais les rayons de midi sont déjà pénibles, et les pierres blanches du chemin renvoient toute la chaleur comme des miroirs. Dans ce vallon encaissé, on a vite l'impression d'être6835480766 fc78246a4d b dans un four. Les dénivelés sont importants, et, même en marche rapide, l'effort devient intense. Il n'est pas rare de doubler des coureurs assis sur le bord du single track, se justifiant de leur pause par un "coup de chaud". Juste avant le sommet, un passage sous des falaises ombragées est un formidable revitalisant, surtout que derrière, c'est la grande descente vers Cuges les Pins. Elle alterne entre faux plats descendants et pentes à pic, mais se termine assez facilement avec l'odeur de l'écurie dans les nasaux, et le dernier ravitaillement au milieu. Une douleur ligamentaire dans le genou gauche m'empêche de trop forcer dans cette descente, ce qui fait que je finis dans un état plus correct que lamentable, ce qui est rare sur les courses de cette longueur. Il ne faut pas oublier une dernière petite montée à deux kilomètres de l'arrivée, très raide comme d'habitude, mais courte pour changer. La descente finale sur la ville puis le passage dans les rues barrées de la cité est un vrai bonheur, comme le gong de la délivrance. Avec 5h25' de course et une place de 32ème scratch, je suis content de ma journée, surtout que je suis 2nd de la montée chronométrée. Apparemment seul le vainqueur de la course aura été plus rapide que moi dans cette ascension de seize petites secondes. Il y a un petit goût d'amertude dans la bouche avec le recul, mais cette journée remplie de paysages fabuleux fut trop belle pour avoir des regrets.

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TRAIL DE LA SAINTE BAUME - 44,6KM - 2555M+
5h25'42''
8,216km/h, 7'18''/km
32ème sur 350 partants, 244 finishers
15ème sénior.
MONTEE CHRONOMETREE DU GRAND VALLON - 2KM - 400M+
16'51''
1424m/h (vitesse verticale)
2ème sur 350 finishers
1er sénior.

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Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - ultra
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