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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 12:42

Sans titre-copie-1

      Ce trail avait déjà mal commencé puisque la veille en rentrant en véloroute, je percutais une voiture dans un rond point, pliant ainsi le cadre de mon vélo. Quelques égratignures plus tard, la météo annonçait un mauvais temps sur le Ventoux pour le départ de ce trail de 46km, avec 2650m d'ascension. Qui l'eût cru alors que le thermomètre affichait 20°C depuis plus d'une semaine ? Mais après une courte nuit, et un lever à 5h50 (merci ô changement d'horaire), je n'ai pu que constater la motivation des 1206 coureurs venus en découdre soit avec le 46km, soit avec le 24km.

 

photo 1 (2)   Le départ est calme, la faute aux dénivelés qui s'enchainent dès les premiers kilomètres. Je prends mon rythme, celui des longues courses. Au bout de deux heures, je rejoins le premier ravitaillement du kilomètre 16 et m'offre un festin de boissons et de sucre. Un kilomètre plus loin c'est la séparation entre les deux parcours de 24 et 46km. Mais voila on nous annonce que le temps est apocalyptique au sommet. Les bénévoles veulent fermer le grand circuit. 109 coureurs sont déjà passés. Il en faut plus pour m'impressionner et je prends le chemin du 46km. Je suis le 110ème et dernier coureur à m'aventurer sur ce chemin, les 1106 autres n'auront pas d'autre choix que de partir sur le 24km qui ne dépassera pas 1200m d'altitude. Des secouristes me disent que j'ai 10 minutes de retard sur le type de devant. Je décide de forcer le rythme car je n'ai pas envie de finir les 30 kilomètres seul. La pente devient très raide, c'est un chemin direct vers le sommet, culminant à 1912m. J'ai 700m de dénivelé à prendre. Le terrain est très accidenté, il faut sauter de rocs en rocs. Mais je ne suis pas au bout de mes peines.

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Photo-0110   Au fur et à mesure que je m'approche de l'antenne sommitale, le vent forcit, la température diminue. Vers 1500m d'altitude, des rafales de vents verticales projettent une pluie de grêle, ou de pluie et de neige mêlées dans les meilleurs moments, sur mon visage. Je n'ai qu'un Tshirt et une veste imperméable, et décide donc de courir plus vite pour ne pas geler sur place. Je n'ai pas de gant et mes mains sont si froides que je ne parvient plus à saisir des objets pour boire ou manger. Je suis trempé de la tête au pied par la pluie malgré ma veste imperméable, et le vent glacial me glace les os. Ma paupière droite se ferme et ne se rouvre plus. Je dois la rouvrir à la main ! Je me demande comment va se terminer l'aventure. Peu avant le sommet, la température est de -10°C. Mais en courant sur quelques plaques de neige, je rattrape une demi douzaine de coureurs. En les doublant, je les encourage, ils me bafouillent quelques mots incompréhensibles. Ils grelottent tellement qu'ils n'arrivent plus à parler. Puis le brouillard devient si épais que je ne vois pas à une dizaine de mètres.  Au sommet, même en étant à côté d'elle, je ne vois pas le haut de l'antenne noyé dans le brouillard. Peu  après, ce sont les balises du parcours que je ne vois plus. Je saurais plus tard qu'un groupe de coureurs (dont l'une des 5 féminines qui se sont engagées sur le 46km) s'est perdu à cet endroit, et ce sont les secours qui les ont retrouvés en état d'hypothermie. Je veux bien le croire car en courant à bonne allure je suis gelé, et des coureurs perdus, en état de stress, cherchant leur chemin, baissant leur rythme, doivent avoir leur température corporelle qui diminue très rapidement. Un coureur me conseille de suivre les bâtons de la piste de ski, ils mènent au deuxième ravitaillement. Je le dépasse, mais dans la descente je force moins et me refroidis. Je croise un secouriste qui raccompagne un trailer blotmeti dans une couverture de survie. Puis, enfin, le ravitaillement apparait. Nous sommes au kilomètre 27, avec 4h de course au compteur. Des ambulances sont remplies de coureurs grelotants dans des couvertures de survie. Un bénévole m'avoue son inquiétude car il recherche un bonhomme qui a demandé une ambulance mais qui a disparu. Je m'arrête deux minutes pour manger et je suis frigorifié. Je repars alors aussitôt pour me réchauffer.

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La montagne aux deux visages n'a jamais aussi bien porté son nom. Après le temps doux dans les ocres au pied du Ventoux, les conditions deviennent dantesques lors du passage au sommet à 1912m.

   Un peu plus loin, une féminine est assise en plein milieu du sentier. Elle grelotte et me dit qu'elle n'arrive plus à se relever, à cause de nombreuses crampes. Je l'aide à s'étirer, la relève et lui conseille d'abandonner. Elle refuse, je lui dit alors de reprendre vite la course pour éviter une hypothermie. Puis le parcours devient globalement descendant, alternant entre petites montées et grosses descentes. Et grâce à l'altitude qui diminue je parviens à me réchauffer, à boire, à manger. Je rattrape des trailers ou me fait rattrapé. Au fil des croisements entre coureurs, je discute. La plupart ont déjà couru des trails comme l'UTMB ou la diagonale des fous. De quoi forcer le respect et suivre leurs pas avisés. Les conversations font se dérouler plus vite les kilomètres. Mais mon GPS lâche, le froid a vidé les piles, je ne sais plus combien de kilomètres il reste. Puis, la pluie s'abat. Je recommence à nouveau à avoir froid. A 8km de l'arrivée, la dernière descente s'amorce. Je la ferais avec un coureur expérimenté, qui me soutiendra psychologiquement jusqu'à la fin. Nous finissons ensemble en 6h03'22'' de course, deux heures après le premier, Julien Rancon. lui même devant  Thomas Lorblanchet, champion du monde de trail en titre. En ce qui concerne les résultats, je finis 69ème au scratch. J'ai donc doublé environ 40 coureurs depuis le moment où je me suis engagé sur le 46km. Je remercie mon équipier de voyage, puis suis remercié par la féminine que j'ai aidé, qui a l'air d'aller mieux et qui finit à peine 5 minutes derrière moi. Je ne suis pas mécontent de me retrouver mes parents qui se gèlent depuis deux heures sur la ligne d'arrivée, de me changer et de prendre un repas chaud.Je retrouve l'ami John Brunel avec qui nous avions joué les outsiders au trail de Fontaine de Vaucluse il y a un mois. Aujourd'hui il a cartonné et fini 3ème au scratch sur le 24km.

photo 3photo 4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Derniers mètres avant l'arrivée, et repos mérité sous l'arche d'arrivée.

 

 

 

   Cette édition du Ventoux restera mémorable. Mémorable par ses conditions dantesques. Mémorable aussi parce sur 1206 coureurs au départ, 110 auront affronté le sommet du géant de Provence, et 80 en seront ressortis indemnes, sans être en état d'hypothermie. Aujourd'hui, le chrono n'était pas au programme du jour, mais je m'estime heureux d'avoir fait partis de ces 80 "survivants" qui peuvent dire "2011, j'y étais, je l'ai fait". Après le passage des derniers coureurs, 30cm de neige tomberont dès 1400m d'altitude.

Les photos ici.

Des images et des comptes rendus de cette course :

- sur Salomon endurance :

 

- sur Endurance mag :

   "Les conditions vont soudainement s'aggraver avec la grêle, le brouillard, le vent et des températures ressenties avoisinant sans doute les -10°C [...]. Au passage au chalet Reynard, certains coureurs abandonneront, victimes d'un début d'hypothermie [...]. Ils sont donc 80 coureurs à avoir franchi la ligne d'arrivée de ce grand parcours qui restera dans les mémoires, car même les coureurs les plus aguerris, déclaraient à l'arrivée n'avoir jamais connu de telles conditions de course".


TRAIL DU VENTOUX - 46KM - 2650M+

6h03'22''

7,596km/h, 7'53''/km

69ème sur 1206 partants, 80 finishers

46ème sénior.

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Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - ultra
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commentaires

Jason 31/03/2011 22:02



On ne peu que te féliciter devant cet épreuve, et j'aurai plutot tendance à dire, de cette aventure, car quelque soit le chrono et la place, les conditions excécrables font de tes 6heures
d'éfforts, un réel exploit.


J'ai pu découvrir la vidéo de Vincent Delebarre, qui montre les conditions extremes du parcours: http://www.youtube.com/watch?v=1lM6E5m9nSE&feature=player_embedded 


Tout sportifs, qu'il soit Vététistes, Routard, Triathlète, Raideurs et bien sur Traileurs, se doit de se rendre compte que la montagne est un environnement à considérer avec respect, et que
la dompter, surtout dans ces conditions, est un signe de respect.


Je te félicite une nouvelle fois, et te souhaite bonne chance pour tes nouveaux challenges triathlètiques ...


Sportivement


Jason



sacha-cavelier-endurance-run 02/04/2011 18:32



Merci à toi Jason.


La vidéo de Vincent témoigne effectivement de beaucoup de choses sur les conditions.


La montagne est effectivement un milieu qui impose le respect, mais on ne peut pas dire que moi et les autres trailers l'avons domptée, car lorsqu'on arrive sur la ligne d'arrivée dans l'état qui
était le nôtre, on ne sait pas qui de nous ou de la montagne sommes les plus victorieux...


A bientot sur les chemins



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