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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:04

STL2010

   "La Saintélyon 2010 restera dans les mémoires comme une édition d’anthologie avec des conditions hivernales inédites. 5 jours avant le départ, plus de 40 cm de neige recouvrent le parcours, et des températures polaires s’installent pour la semaine. Après 20 ans d’absence sur l’épreuve, la neige fait un retour fracassant. L’organisation doit revoir sa partition et les participants doivent s’adapter à ces conditions particulières. Plus de 1500 participants renonceront à prendre le départ. Le décor, encore plus féérique grâce à une nuit claire et une neige immaculée, enchante les sens mais la neige profonde par endroit et piégeuse sur la fin de parcours rend la progression des coureurs plus délicate. A l’issue d’une course longtemps incertaine, et après les abandons de Manu Meyssat (longtemps échappé) et Philippe Rémond, c’est Denis Morel, champion de France des 24 heures, qui franchit la ligne d’arrivée à Gerland en 5h 18, devançant de peu Emmanuel Gault, une nouvelle fois dauphin de l’épreuve, devant David Pasquio et Jean-Franck Proietto. Chez les Féminines, Maud Giraud Gobert ne laisse en revanche aucune chance à ses poursuivantes. Plus de 3900 finishers franchiront la ligne d’arrivée. Un exploit qui doit être souligné cette année, tant le nombre d’abandons a été important. En relais, le team Tecnica remporte le relais 2, tandis que Running Conseil truste les relais 3 et 4. Enfin, la première édition de la SaintExpress couronne Oswald Cochereau, un habitué du Top Ten de la Saintélyon devant Sébastien Farano et un millier de finishers. Fleur Carron l’emporte côté féminines, Vivement le printemps ! Une édition éprouvante pour les participants … et les organisateurs.  Un grand coup de chapeau aux 500 bénévoles qui eux aussi, se souviendront longtemps de cette édition." 

 

      Après trois ans passés à Saint Etienne, je me devais de participer à un monument de la course ultra en France. La SaintéLyon, avec plus de 11 000 participants et 57 éditions, est une des références côté ultramarathon. Ses 68km se font entièrement de nuit, avec un départ à minuit de Saint Etienne, Cette année, la météo annonçait déjà la couleur puisque les chutes de neige de mardi avaient bloqué l'autobus qui nous ramenait d'un forum à Lyon. J'avais fini en stop les 30 derniers kilomètres jusqu'à Saint Etienne à 22h30 du soir, après cinq heures passées dans le bus bloqué. J'avais retrouvé mon vélo à Saint Etienne sous des stalactites de glace. Bref, la nuit de ce weekend s'annonçait blanche. Dans tous les sens du terme...

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A gauche, tous les habits que je vais porter sur 68km. A droite, ce que ça donne quand c'est sur moi.

      Le samedi, après avoir retiré les dossards, moi et deux amis Alexandre et François qui participent à la course, sommes fin prêts sur le site du départ. Les trailers se bousculent dans les grands halls, des coureurs dorment par terre. On peut distinguer des montagnards, des vrais de vrais, ceux dont on peut lire sur leur visage tous les caprices de la montagne qu'ils ont eu à affronter. Puis minuit arrive et le départ est lancé. Des milliers de partants sont amassés, on distingue au loin la ligne de départ et les premiers qui s'élancent très vite dans un feu d'artifice de lampes frontales.

Photo-0054La tension monte, la nuit tombe. C'est une ambience particulière qui régne.

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Le départ dans la nuit froide stéphanoise.

     Et la course démarre. Je suis à 200m de la ligne de départ, dans la pénombre. Sous l'arche de départ, les élites démarrent au loin à une vitesse impressionnante, éclairés par un petit feu d'artifice, sous le son d'une cloche qui s'excite dans la nuit. Pour moi aussi, l'excitation est à son comble. Mon objectif est de 8h, j'avance à un peu plus de 11km/h sur le plat, et marche dans les montées qui, dès le départ, sont assez raides. Le spectacle des coureurs dans les rues désertes de la ville vaut le coup d'oeil. Malgré le froid et l'horaire, les spectateurs répondent présents le long des routes, et ce jusqu'à Lyon, toute la nuit, pour encourager.

Photo-0057Des trailers dans les rues bloquées stéphanoises.

     On m'avait prévenu que la SaintéLyon était réputée pour être boueuse, mais cette nuit, elle se fera 100% dans la neige. J'adore y courir, mais les plaques de verglas pimentent un peu trop la course. Au km 13, un trailer glisse et crie. Pas le cri "Fais chier, putain de verglas!". Le cri viscéral "Que quelqu'un appelle les secours, je me suis cassé quelque chose". J'avale ma salive.

     Au fur et à mesure que l'on monte et que l'on descend dans les sentiers de montagne enneigés, je ne peux m'empêcher de me retourner régulièrement pour regarder le ballet de lucioles, les lampes des coureurs, qui serpentent sur les kilomètres que je viens de parcourir. L'image est belle, le souvenir se grave.

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Un serpent lumineux dans la nuit sombre et fraiche.

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     La première moitié du parcours se fait assez lentement : des bouchons apparaissent ici et là, le rythme ralenti sans que l'on puisse doubler. Je ne m'en plains pas car je ne veux surtout pas provoquer l'arrivée d'un coup de mou. J'entends des coureurs se plaindre dans les descentes. "L'année passée, ça allait très vite à ce point là, tout le monde doublait dans tous les sens". Cette année des trailers glissent sur le verglas, finissent sur le cul, d'autres s'agrippent aux branches où rattrapent le coureur de derrière. Les températures descendront jusqu'à -12°C. L'entraide est maître mot, mais du coup je ne passe qu'en 4h30' la mi parcours.

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Des guerriers dans la nuit. 

      Passé cette moitié, je décide alors de mettre du rythme. Les jambes sont là, alors autant qu'elles ne soient pas venues pour rien. Je cours à 12km/h plutôt qu'à 11 dans les descentes, je fais les montées en marche rapide en doublant un maximum. Cette accélération porte ses fruits puisque je remonte de la 2000ème place à la 800ème. Je passe aussi de 40ème espoir à 12ème. Les sms d'encouragement et de mon classement en tant réel que je reçois me motivent plus que tout. Je trace ma route. Je ne me retourne plus. Je double. Et je crains l'arrivée d'un passage à vide. 

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Bientôt l'arrivée. 

     saintelyon-cr Mais les kilomètres défilent et je prends énormément de plaisir. Je gère mon effort tout en gardant le rythme et en buvant, mangeant convenablement aux ravitaillements. Je passe 50km. Je n'ai jamais couru autant dans une compétition. Je passe 60km. Je n'ai jamais couru autant de ma vie. On arrive au panneau Lyon. Tout un symbole. On me dit par sms qu'au dernier pointage je suis 11ème espoir, mais talonné de près par deux autres. Nous sommes à 5km de l'arrivée. Les deux espoirs me rattrapent. Je force l'allure. Je n'y crois pas. Il reste 5km, j'en ai 63 derrière les mollets et je cours actuellement à 12,5 de moyenne d'après mon GPS, une vitesse que je ne tiens même pas sur les fins de marathon. Un espoir craque, l'autre me remercie de mener la course. Il s'accroche derrière moi, puis discute le bout de gras pour oublier le mal de jambe. Mais je suis bien et en remet une couche dans le dernier kilomètre. J'ai la sensation de voler, d'être invincible. Je ne souffre pas autant que sur les marathons que j'ai couru jusqu'à présent, c'est différent. L'arrivée d'un marathon est une délivrance, la fin de la souffrance, alors on finit en larmes. Mais là non,c'est différent. Je vais faire la deuxième moitié en 3h50', 40 minutes de moins que la première moitié, et je suis bien, c'est plutôt un sentiment de satisfaction qui m'envahit. J'ai toujours couru des longues distances dans l'idée de me mettre torchon. Mais là, cette arrivée me fait voir l'ultra d'un autre oeil. Je suis bien. J'arrive au parc des sports de Gerland. 8h20'. Je crie de joie et serre le point sous l'arche d'arrivée. Thomas, qui a fait le circuit de 44km en 4h59', m'attend quelques mètres plus loin. Je suis fou de joie, je le serre dans mes bras. L'instant est fort.

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L'arche d'arrivée.

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L'aire d'arrivée au palais des sport de Gerland.

 

 

 

 

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Le grand trailer international Dawa Sherpa, au milieu du podium en rouge, remet les prix aux vainqueurs.

     Alexandre et François arrivent vers 13h. La nuit a été dure pour eux. Ils ont connu tout ce que j'ai pu connaitre sur ce type de distance. Le vainqueur a mis 30 minutes de plus que le temps du vainqueur habituel. Les conditions étaient vraiment très rudes. Après m'être étiré et avoir bu, mangé, je suis en pleine forme, je pourrais déjà galoper comme un lapin. Pas une crampe, pas une courbature. C'est fantastique. Je fais 12ème jeune sur une course de renommée nationale, voire européenne. Alors je profite du moment. Je me sens prêt pour aborder l'ultra d'un autre oeil. Mais c'est l'heure de rentrer pour dormir. Je me couche à 17h30, après 30 heures sans l'avoir fermé.

 

      La nuit fut belle.


SAINTELYON - 68KM - 1300m+

Temps officiel : 8h20'36''

Temps réel : 8h16'52''

8,270km/h, 7'18''/km

6448kcal

820ème sur 3985 arrivants, 5600 partants

12ème espoir sur 76.

Les photos ici.


Temps passage

69

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