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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:13

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Il y a des jours qui sont parfois tant ensoleillés qu’on se demande si l’astre jaune n’a pas fait exprès de sortir ses meilleurs rayons pour les plus dures épreuves.

 En ce jour du 29 aout 2010, l’ambiance qui règne dans le bateau qui nous mène sur la rive en face de Québec, est un mélange de tension et de bonne humeur. Les conditions météorologiques et ce qui nous attend ce matin n’y sont pas pour rien.P1010597

La nuit que j’ai passé dans le camping car, la tête dans le coffre, les pieds sur le vélo, fut loin d’être la nuit parfaite, mais ce qui compte c’est la nuit d’avant, celle du vendredi au samedi. De toute façon la tension qui se manifeste dès le samedi soir fait que la nuit sera courte, que je sois à l’hôtel quatre étoiles ou dans le camping car de mes parents venus soutenir ma folie.

Mais lorsque le départ est lancé à 8h30 depuis Lévis et que le son du pas de course d’un millier de coureurs couvre la voix du speaker, les petits problèmes de fatigue se font vite oublier. Dès le début, entrainé par les coureurs, je prends le rythme pour courir en 3h15’. J’ai un record,  celui de 3h21’ de Paris en vue, mais je sais très bien que je me suis moins entrainé cet été, alors je ferais ma course au feeling, et de toute façon, je sais que je ne serais pas déçu de mon temps. On n’est jamais déçu lorsqu’on franchi la ligne d’arrivée d’un marathon. Surtout que c’est mon premier au Canada.

                Les gens matinaux sont formidables, tout le long du parcours et c’est presque facile de garder le rythme. Je profite du maximum du paysage magnifique avant que la souffrance ne m’aveugle. Je prends le luxe de m’arrêter aux ravitaillements, et passe la première moitié en 1h39’.

                Il faudra attendre le kilomètre 28 pour que les premières douleurs arrivent, mais sous une formes assez originale : des crampes d’estomacs, qui surviennent généralement les 10km, mais qui passent assez vite. Juste un premier avertissement. C’est au kilomètre 30 que la fatigue générale se fait sentir. Je n’ai mal nulle part, aucun muscle ne me fait souffrir, seulement il y a ce mur, l’éternel, l’immuable mur des 30km. Le lapin des 3h30’ me rattrape comme pour me prévenir que je perds du temps. Je le suis sur quelques kilomètres, jusqu’au 34 exactement. Après cela, la fatigue est vraiment intense. C’est une course mentale qui commence.QMAN0179

Cela fait déjà quelques kilomètres que je carbure à coup de gels énergétiques et de barres de céréales. Les trois jours de pâtes traditionnels d’avant marathon ne suffisent jamais. Le litre et demi d’eau sucrée que je porte depuis le départ est bientôt épuisé. J’en bois tous les kilomètres environ. Il ne faut jamais en boire en grande quantité, car étant très sucrée, cette boisson ferait augmenter trop rapidement le taux de sucre, puis en réponse l’insuline balaierais tout le sucre sur son passage, me laissant une belle hypoglycémie. 

Les ravitaillements présents tous les 2.5km représentent des objectifs cruciaux. Lorsque je m’autorise à marcher quelques secondes pendant un ravitaillement, je rassemble ensuite le reste de mes forces pour courir encore 2.5km jusqu’au prochain. C’est petit à petit que l’oiseau fait son nid. C’est par petits objectifs que l’on réalise les grands. Hélas les crampes, si rares ces derniers temps sont de la partie. Je n’en attraperais pas moins de cinq entre le 40eme et le dernier kilomètre. J’ai heureusement toujours le temps de m’arrêter avant que la crampe ne paralyse mon muscle pour l’étirer brièvement, ou plutôt ce qu’il en reste. A un kilomètre de l’arrivée, je ne cours plus, je boite rapidement, mais l’odeur de la ligne me tire moi et les deux sacs d’acide lactique qui me servent de jambes, tel les chercheurs d’or qui creusaient à mains nues ce continent il y a quelques siècles pour dénicher le précieux métal jaune. Mon métal jaune, ma ligne, je l’aperçois lorsqu’un panneau indique qu’il n’y a plus que 750 m de calvaire à parcourir. C’est alors que les cris des spectateurs se tuent, que les crampes se taisent comme pour me laisser apprécier cet instant. Ce sera la 7ème fois que je franchirais la ligne mythique, jamais de la même manière, jamais avec le même temps, mais toujours avec la même émotion. Ce mélange de colère, de fatigue, de bonheur, de satisfaction, d’enthousiasme, de hargne, toutes ces sensations qui se libèrent en même temps sur ces derniers mètres. Ce mix qui prend à la gorge et qui ne nous fait pas regretter d’être venu. Ce milk-shake qui arrache une petite larme derrière la ligne d’arrivée. C’est peut être rien que pour cette sensation finale que je m’use à courir 42km quelques fois dans l’année, rien que pour ressentir cette ivresse une fois encore, une fois de plus. C’est effectivement ivre de sensations que je franchis la ligne d’arrivée de Québec, comme si c’était la première fois.

QMBD0359.jpgQMAL0288.jpgQMAO1643.jpg 

Les 3h37’ qui s’illuminent sur le haut de cette ligne sont bien loin de gâcher mon bonheur je suis certes loin de mes 3h21’, mais les 16 minutes qui me manquaient aujourd’hui mystifient ma performance parisienne. C’est à présent une barre, 3h20’, que j’ai en tête. 

Je passe le reste de ma journée à dormir, d’habitude l’adrénaline me tient éveillé longtemps. Mais ce marathon n’avait rien d’habituel, de par sa difficulté, la souffrance qu’il m’a infligé pour me rappeler que ce n’est pas facile un marathon, le bonheur qu’il m’a offert. Ce premier marathon canadien est à la hauteur de ses promesses. J’ai déjà envie d’en courir un autre, et je n’aurais pas à attendre longtemps. Il y a Montréal dans une semaine

Photo-0028.jpg

Petit souvenir d'une grande distance.                

MARATHON DES DEUX RIVES - 42,195KM

Temps officiel :3h37'36''

Temps réel : 3h37'29''

11,641km/h, 5'09''/km

130ème sur 974 arrivants

19ème homme 18/29 ans.

Les photos ici.

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