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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 10:45

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    La nuit n’avait pas encore finit d’inonder la ville de sa fraicheur que mon destrier fendait l’air matinal, avec moi, mes baskets et mon wetsuit à bord. Jean-Philippe me signalait que ça allait être très dur de se jeter à l’eau froide ce matin, et, incapable de dire un mot, j’acquiesçais de la tête en bâillant. Les préparatifs qui étaient avant nouveaux sont à présent une habitude, je connais tout ce dont j’ai besoin, et tout ce qui est inutile, et je dépose avec minutie mon arsenal dans mon espace réservé en zone de transition, sur l'île Notre-Dame, île artificielle créée en vue de l'exposition universelle de 1967. Ce dont j’aurais besoin pour pédaler, pour courir, pour me ravitailler, pour me rincer les pieds après être sorti de l‘eau et avoir couru quelques mètres sur le sol. Le temps de la découverte s’est finit et a à présent laissé place au temps des performances. Du moins je l’espère.            

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   C’est une joie de ressentir les rayons du soleil juste avant de partir pour ces 1,9km de nage, à 7h20. L’eau du bassin olympique semble moins froide, presque tiède, cette même eau qui a accueilli les compétitions d'aviron lors des Jeux Olympiques de 1976. Je reste en arrière du peloton, car je ne me considère pas comme un nageur rapide. Le départ sonne, et je nage dans cette machine à laver où des gens me rentrent dedans autant que je rentre dans des gens. Mais ce n’est pas paniquant comme avant, les kilomètres de nage m’ont fait gagner en confiance. Je n’ai pas un gros rythme, je préfère me contenter de suivre de près la personne devant moi, car si j’essaye de doubler, je perds vite mes repères et nage de travers. Après avoir passé le demi-tour de la mi-parcours, le peloton est plus étiré, et je suis un fil blanc au fond de l’eau, celui qui attache les bouées et qui semble aller dans la bonne direction. Il me mène à bon port, et je sors me mettre en cale sèche en un peu plus de 36’, soit dix minutes de mieux qu’en juin. Je suis dans la course.

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   Je fais une transition la plus rapide possible, mais j’ai des étourdissements en sortant de l’eau aussi vite et en essayant de retirer mon wetsuit. Malgré ça, je pars le moral gonflé à bloc pour les 90km de vélo, ce qui correspond à 20 tours de piste de Formule 1. Je ne doublerais pas Michael Schumacher vu ce vent qui souffle tout de même assez fort sur la moitié du parcours. Mais je file cependant à environ 36km/h car je suis sur les bases d’un temps de 2h30’. Cette partie est toujours stressante, car sur cette discipline, le triathlète est fortement dépendant de la mécanique. Une crevaison, une chute, un bris de chaîne, et c’est foutu. Mais mon oiseau savait qu’il fallait être au top aujourd’hui. A chaque fois que je termine le grand virage qui nous fait ressortir de la partie ventée, le bruit de mon dérailleur pour descendre de deux pignons m’emplit de joie. 'Clang!'. A chaque fois, je n’ai pas encore finit d’appuyer sur les manettes que déjà un bruit sec d’une chaîne parfaitement réglée dansant sur sa cassette brise la monotonie sonore des kilomètres de vélo défilants. Le triathlon, c'est aussi cela : des bruits, des sensations, des signes que tout fonctionne à merveille, parce que tout a été préparé et réfléchi des mois à l'avance. Quel bonheur de pouvoir constater que la mécanique est bien huilée.

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   Et puis je boucle mes 90km en 2h37', certes loin des 2h30', mais compte tenu du vent et de la fatigue arrivant, le temps est convenable. Je suis tout de même sur une bonne voie pour descendre sous les 5 heures, à condition de faire un demi marathon correct.  Et ça, je sais faire. Je ne suis pas dans l'inconnu. Je pars alors à une allure random car il est dur de savoir exactement à combien on avance lorsque la fatigue des épreuves précédentes fausse les sensations. Mais pourtant, sans avoir l'impression de forcer, je clanshe. 3'40'' au kilomètre, puis un peu plus loin 3'50''. J'en viens à me demander si les bornes kilométriques sont placées au bon endroit. Conscient que ce rythme là est bien trop élevé, je m'arrête à tous les ravitaillements pour faire le plein de Gatorade, comme à mon habitude sur les triathlons. Chaque minute perdue à un ravitaillement est un investissement pour les prochains kilomètres.

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   Le parcours consiste en 4 tours du bassin olympique où a eu lieu la natation précédemment, dont un tour un peu plus long, de 7km, que je boucle en 28 minutes, pour faire le compte de 21,1km. Après ces 7km, mon pace passe aux alentours de 4'15''-4'20''/km, une allure de croisière que j'aurais eu du mal à tenir en tant normal, mais dans mon état, drogué aux endorphines grâce au vélo, tout me parait facile. Les pauses aux ravitaillements me sont d'une aide fantastique pour me ressourcer. Les kilomètres, le temps, le paysage, tout défile vite, tellement vite, plus vite que sur un demi marathon classique. Et lors d'un tournant, les cris d'encouragement des amis venus pour l'occasion achèvent de me plonger dans un état de transe euphorique, de mettre mon cerveau en mode off. Marie Caroline devient même mon lapin pour quelques kilomètres, des kilomètres où j'ai l'impression de voler sur le bitume brulant. Je file jusqu'au 18ème kilomètre où je me réveille comme tombé du lit. Parce que je veux maintenant savourer chacun des derniers pas qui vont me rapprocher de cette ligne d'arrivée, et parce que des moments comme cela, il n'y en a que trop peu dans une vie.16

    Un coup d'oeil rapide sur ma montre me confirme que c'est dans la poche. A force de me fixer des objectifs trop prétentieux, je finis toujours mes courses déçu. Mais aujourd'hui, je suis dans ma course, dans mon jour, dans un bon temps. Plus que deux kilomètres, plus qu'un. J'accélère un peu pour lâcher les derniers chevaux qui bouillonnent et hénnissent depuis plusieurs minutes. 'BIP! BIP!'. Un autre bruit familier, celui du tapis qui surveille le passage de la puce de chronométrage, sonne la tristesse de la fin de ma saison québécoise, mais le bonheur de l'objectif atteint : mon demi marathon en 1h33', le meilleur temps de course à pied dans ma catégorie, me permet de passer sous l'arche des finishers en 4h53'. Je suis large dans le temps. J'ai tout donné, je suis épuisé. Je prends ma médaille et m'étends dans l'herbe. Toutes la fatigue me retombe dessus, comme si elle ne s'était pas manifestée pendant 4h53', juste pour attendre sagement ce moment là. Fier d'avoir su la dompter, je savoure d'autant plus ce final après 6 mois au Québec en apprenant que je suis 4ème chez les 18-24 ans. Sur les IronMan 70.3, parfois le troisième est qualifié pour les championnats du monde à Las Végas. Ce demi IronMan est loin d'être mon dernier. Et je n'arrive plus à m'ôter ça de la tête, cette 4ème place. Je me demande : Et si... ? Car celui qui n'essaie pas d'être meilleur cesse déjà d'être bon.

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TRIATHLON DEMI ESPRIT - 1,9KM+90KM+21,1KM

4h53'08''

Swim : 36'46'' (1'56''/100m, 95ème temps)

Transition 1 : 3'28''

Bike : 2h37'01'' (34,391km/h, 65ème temps)

Transition 2 : 2'35''

Run : 1h33'21'' (13,562km/h, 4'25''/km, 25ème temps)

48ème sur 244 arrivants

4ème homme 18/24 ans.

Les photos ici.

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 10:19

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   Depuis que ma première expérience de triathlon avait été un calvaire en ce qui concerne la partie natation, il me restait deux options : raccrocher ma combinaison dans le placard, ou m’inscrire sur le triathlon double olympique de Sherbrooke. En effet, avec 3km de natation, soit je me noyais, soit j’allais vaincre mon manque de confiance en eau libre. Il n’y a pas 36 solutions, pour vaincre une peur, on se jette à bras ouverts dedans, dans la gueule du loup. Et comme je ne renonce pas par principe à ce qui parait difficile, comme l’impossible est ce que les gens appellent ce qu’ils ont peur d’affronter, je n’ai pas hésité longtemps.

   J’ai tout de même regretté quelques secondes de m’être inscrit à cette course lorsque le réveil a sonné à 5h15. Il fallut au moins trois secondes avant d'aller mieux. Mais la tension était à son comble dans la voiture de Jean Philippe avec qui j’allais gouter l’eau verdâtre du lac Magog. Lui aussi avait un traumatisme de natation de premier triathlon à surmonter.  Arrivés sur le site, l’eau, qui a eu tout le loisir de monter jusqu’à 28 degrés grâce à la chaleur caniculaire, a rendu interdite le port des combinaisons. Certes, les mouvements seront moins gênés, mais nous flotterons moins bien, et nous irons moins vite. Ni une bonne, ni une mauvaise nouvelle. Les doutes sont plus que jamais là lorsque je me trouve face à ce lac immense et vert, avec une bouée rouge, qui est si loin qu’on en distingue qu’un point à l’horizon. Le pire, c’est que je vais devoir y aller non pas une mais deux fois pour compléter ma distance. J’en ai les jambes qui flanchent rien que d’y penser. Tant mieux, je n’aurais besoin que de mes bras. En tout cas, sur le coup de 8h, le départ est lancé. J’ai 3km de nage à faire, avant de m’élancer pour 80km de vélo et 20km de course à pied.

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Je suis celui avec le casque bleu et les lunettes.

   Au bout de 200m, ma respiration s’accélère anormalement. Je réduis le rythme, et ne me concentre pas sur la distance à faire, sur la profondeur du lac, etc. mais sur rien d’autre que mes mouvements. Et puis, je me persuade d’être en piscine et rentre dans ma course. Je lève parfois la tête pour vérifier la trajectoire, et le premier tour de 1,5km se passe. Si j’en ai fait un, pourquoi pas un deuxième. Ainsi, en 1h18’, je termine le parcours natation. Je suis 26ème sur… 28 en sortant de l’eau. Pas un temps canon, mais je manque d’expérience en triathlon, ce n’est que mon deuxième, et du haut de mes 22 ans, je ne vois pas bien loin, et c’est donc pour moi une excellente chose de faite : j’en ai le sourire qui monte jusqu’aux oreilles, et qui mettra plusieurs kilomètres de vélo face au vent pour redescendre. En sortant de l’eau, mes jambes ont du mal a me porter, elles ne sont pas alimentées correctement en sang, qui a été monopolisé par les bras. Je titube jusqu’à l’aire de transition, enfourche mon destrier et noble compagnon de longues distances… et m’élance à travers les monts de l’Estrie.

   Je file à travers le vent parfois de face et parfois de dos. Je peine à aller chercher le 20km/h lorsque ce dernier est défavorable, mais avec son aide, je frôle le 40. Le temps passe soudainement plus vite, en comparaison de celui passé dans ces eaux troubles. Je double des concurrents, et gère mon eau. Au demi-tour de la mi-parcours, j’avale sans broncher un demi litre de Gatorade et remplis mes deux gourdes. Sur le chemin du retour, je gère encore à merveille mon eau puisque je bois avant la soif, malgré les 37 degrés qui réchauffent l’asphalte, et je terminerais ma deuxième gourde à un kilomètre de la fin du vélo. Comme pour mon premier triathlon, je me gave de gels et de barres dans les 10 derniers kilomètres, pour préparer ma transition vélo-course à pied, la plus difficile. Dans les ultimes côtes, des casques profilés aux vélos en carbone jusqu’au moindre rayon montent en zigzag  pour ne pas prendre la pente raide de face. Je les double joyeusement, drogué au Gatorade. Je pose enfin le vélo après un formidable 30km/h de moyenne dans un parcours venteux et vallonné. Une casquette sur la tête, trois barres dans le cuissard et deux chaussures aux pieds, et je repars aussi vite que je suis arrivé.

   Ces sensations que j’avais alors dans les jambes resteront un mystère. Comme si je n’avais rien fait avant, comme si je sortais d’une longue nuit de repos, mes jambes me portent sans rechigner à plus de 14km/h. Ce pace que j’ai habituellement du mal à tenir sur les 20km, je le tiens sans flancher, sans éprouver la moindre douleur. C’est trop facile, si facile que c’en devient agaçant. C’est bien la dernière chose à laquelle on s’attend, de courir comme un lapin, lorsqu’on participe à un triathlon longue distance. Je dévore le bitume et double encore des coureurs qui se demandent si le missile qu’ils viennent de voir passer était bien l’enclume qui essayait de nager sans boire la tasse il y a quelques heures. Croyant que les gels et le Gatorade sont la cause de cet excès de forme, dès le premier ravitaillement, je en bois trois verres de nouveau, reprends du gel, et surtout m’arrose de la tête aux pieds pour tromper la chaleur. Je remets ça au prochain ravitaillement, encore et encore. Et je tiens le rythme.

   Puis les kilomètres défilent. J’en suis même à me retenir pour garder du jus pour le final. Je double et encourage ceux qui ont plus besoin d’encouragements que moi. Au dernier ravitaillement tenu par de jeunes futurs athlètes très enthousiastes de me voir vider leur table, je demande s’ils n’auraient pas mis quelques grammes de cocaïne dans leurs boissons pour que je sois dans cet état. Leur réponse négative ne me rassure pas. Mais cela ne m’empêche pas de tout donner dans les ultimes hectomètres. Je termine mon 20km en 1h27’. En ce qui concerne les résultats, je suis 8ème overall avec un temps de 5h34’, bien loin de ma position d’avant avant dernier lors de la sortie de l’eau. Je suis sur un nuage, le même qui m’a porté sur ces 20km. Je suis bien content qu'il n'y ait pas de contrôle anti-dopage, car les organisateurs auraient trouvé bizarre que je ne pisse que du Gatorade. Jean Philippe a performé lui aussi dans l’eau et se classe 12ème du triathlon olympique. La journée se finit devant un burger qui aura eu une durée de vie très courte dans mon assiette, avec une bande de triathlètes de Montréal. Une journée dont on ne voudrait plus qu’elle se termine. Une journée dont on ne garde pas seulement quelques coups de soleil comme souvenirs.

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TRIATHLON O2 DE SHERBROOKE - 3+80KM+20KM

5h34'42''

Nage+transition 1 : 1h19'13'' (26ème temps)

Vélo+transition 2 : 2h48'23'' (9ème temps)

Course à pied : 1h27'06'' (13,777km/h, 4'21''/km, 4ème temps)

8ème sur 28 arrivants

5ème homme 20/29 ans.

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 12:02

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    Après deux ans déjà passés à patauger en piscine, 5 ans à galoper et 8 ans passés à pédaler, le triathlon se dessinait comme un passage obligé dans ma vie, une étape inévitable. Alors autant faire ça en grande pompe. Ce triathlon que j'avais décidé de faire il y a 9 mois, le Mooseman a le prestige d'une grande course, puisqu'il fait parti des 49 IronMan 70.3 dans le monde qualificatifs pour les championnats du monde d'IronMan 70.3. Pourquoi 70.3 ? Parce qu'un IronMan 70.3 est un half IronMan, la moitié d'un Ironman classique, soit 1,9km de nage (1,2 mile), 90km de vélo (56 miles) et 21,1km en courant (13,1miles), ce qui fait 113km au total, soit... 70.3 miles.

   Ainsi, dès Noël 2010, les économies avaient filé dans l'inscription à cette course et dans la combinaison. Combinaison que j'ai regardé tous les matins pendant 6 mois. Autant dire que ce triathlon, je l'attends comme l'arrivée de la pluie dans le sahel. Et en arrivant à Newfound Lake, dans le New Hampshire, USA ,dans un lieu où les vélos à 10 000 euros sont aussi courants que les melons à Cavaillon, dans ce lieu où la marque IronMan est visible à peu près partout, j'étais comme un gosse qui ouvrait ses cadeaux de Noël. C'était d'ailleurs un peu vrai.

 

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   Et après avoir récupéré mes innombrables dossards (pour le dos, le ventre, le vélo, le casque, le sac de transition), m'être fait marqué par un bracelet avec mon numéro de dossard, bracelet que je vais garder 24h, j'ai pu découvrir toute la magie du lieu accueillant cette course, ce qui est aussi la particularité des courses labellisées IronMan, elles se déroulent dans des lieux fantastiques. Je croise des athlètes typés nord-américain, des joues creuses mais avec des mâchoires carrées et de larges épaules. Ces sosies de Lance Armstrong donnent un synonyme de performance rien qu'à leur faciès.

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   Demain, le départ de la première vague aura lieu à 7h. Je suis dans la troisième sur les neuf, et je partirai donc à 7h04'. Je m'apprête à passer une deuxième nuit dans la voiture, après la première faite pour le trail de Sutton de ce matin, qui m'a d'ailleurs bien mis en jambes, et bien mis l'eau à la bouche, tout comme le marathon d'Ottawa de la semaine passée. Je dors comme une souche jusqu'à 5h du matin, car il me faudra du temps pour vérifier une bonne douzaine de fois le matériel. C'est nouveau pour moi, autant de choses à prévoir, bonnet, lunettes, combi pour la nage, chaussures, chaussettes, casque pour le vélo, autre paire de chaussures et lunettes de soleil pour la course à pied, et puis le cardiomètre, le cuissard et le haut de corps qui m'accompagnent pendant les 6h de course, sans oublier les dizaines de barres de céréales et autres gels énergétiques qui se glissent de partout, sur le vélo, dans les poches du cuissard. Je transporterai aussi deux gourdes d'eau sur le vélo et un camelbak avec le nécessaire anti-crevaison et une poche d'eau. Pour la course à pied, je serai plus léger, sans rien à porter. Je me fait écrire au marqueur mon numéro de dossard sur les deux épaules, et mon age sur le mollet gauche. Je vérifie la pression des pneus, 8 bars, pas un de plus ni un de moins, et enfile la combinaison. Je me dirige vers la plage où les 1121 nageurs se rassemblent déjà. Je me glisse un peu dans l'eau, elle est gelée. Puis la première vague part. Ce sont les pro men. La tension est à son comble. Je suis surexcité. La deuxième vague se met à l'eau, ce sont les pro women. Chaque coup de pistolet s'accompagne de clapotements et d'applaudissement des spectateurs. Puis c'est au tour de ma vague de se mettre à l'eau, les 18-29 men (hommes de la catégorie 18 à 29 ans). C'est parti.

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   Je sens soudainement toute cette eau froide rentrer dans la combi, qui me serre, gêne mes mouvements. J'ai l'impression d'être dans une machine à laver, tout le monde se rentre dedans. Je ne parviens pas à prendre de grande bouffées d'air pour plonger sous l'eau et expirer, ni à trouver un rythme. Mes mains et mes pieds sont tétanisées par le froid, et puis cette combi serre tant ! Je n'arrive à respirer que par petites, courtes et très rapides inspirations, je suis même à la limite de la crise de panique. L'idée d'abandonner pénètre mon esprit puis en ressort aussitôt. Plutôt crever noyé que d'abandonner. Je nage alors la tête complètement hors de l'eau. C'est épuisant pour les bras, mais j'avance, et régulièrement je retente de trouver le rythme habituel que j'ai en piscine, mais rien à faire. Je passe le premier kilomètre et comprend que je vais devoir faire toute la distance comme cela. Le temps s'écoule vite, je parcours deux fois par semaine en piscine ces 1,9km, mais d'une autre manière plus classe qu'aujourd'hui. L'épuisement se fait sentir, et j'attrape quatre crampes à 400m de l'arrivée de la natation, à chaque épaule et chaque mollet. Le froid ayant tout anesthésié, je sens juste le muscle se contracter, une légère douleur, mais rien de plus. Puis, enfin, je sens le sable sous mes pieds, au bout de 46 minutes, j'ai finalement vaincu l'aller-retour sur le Newfound Lake. Mais je ne signe que le 798ème temps sur 1121.

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   Puis tout s'accélère, deux bénévoles se ruent sur moi et m'arrache ma combi. Je me dirige alors vers le vélo. Mes mains transies de froid ont du mal à enfiler les chaussettes, chaussures, etc... Je fait une transition horrible, plus de 5 minutes. Il n'y a pas pire comme début de triathlon. Puis je monte sur le vélo... et pars comme un obus.

1   En attendant que mes jambes dégèlent, je profite de l'absence de sensations pour filer comme le vent. Je file à 36, 37 km/h. J'évite de prendre l'aspiration des autres, ce qui est interdit. Au kilomètre 10, je sens enfin mes jambes. Les premières montées arrivent, le profil est montagneux. Je les avalent comme des bonbons, ma frustration s'est transformée en énergie. Je double les athlètes à la pelle, la moindre montée est synonyme de clignotant à gauche pour moi, car tout le monde reste bien sage sur son vélo, et moi je force en danseuse comme un sprinteur. Une côte à 16% oblige même des triathlètes aux casques profilés à mettre pied à terre et pousser. J'évite de leur faire trop de vent en les dépassant. Puis le parcours devient plat et roulant sur plusieurs dizaines de kilomètres. Je met un point d'honneur à ne pas me faire dépasser. Je prend en chasse le moindre "jambes rasées-casque profilé-vélo à 10 000 euros" qui me double. Cette chasse s'avère parfois bredouille face à ces avions de chasse, mais je ne file pas à moins de 38 km/h.

   Puis la première boucle se termine en 1h27', plus que 45km, on repart sur le même circuit. Je commence à manger, et boire aussi, car la température grimpe. Les montées dans cette deuxième boucle semblent s'être allongées, et je ralenti un peu le rythme mais continue de doubler. A l'arrivée du plat, je m'offre une pause toilette pour fêter tout ça. Et puis je reprend la cadence infernale. A 10km de l'arrivée, je décide de préparer ma transition vélo/course à pied, réputée très difficile. Je mange et bois deux fois plus, et lâche quelques pignons pour faire tourner davantage les jambes. Je finis les 90km en 3h07'. Je suis remonté à la 470ème place. J'ai doublé plus de 300 cyclistes, et je suis dans la première moitié du classement, cependant, il reste la course à pied.

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   Mais lorsque je commence à courir, les jambes avancent toutes seules. J'ai l'impression que je n'ai rien fait auparavant et que je sors du lit. Je suis léger, sans rien sur le dos, et j'ai l'impression que j'ai juste à attendre que mes jambes fassent le travail, elles s'en sortent plutôt bien. Je prends un bon rythme. J'ai quatre portions de 5,25km environ à faire. Je décide de manger et boire à chaque ravitaillement, tous les miles, pour conserver cette fraicheur étonnante et sympathique. Je passe en 25' les 5,25km. Puis à nouveau en 25' les 5,25km suivant, comme un métronome lancé à 12,6km/h. Déjà plus de 10km et je double toujours du monde. Certains marchent , à bout de force. Une ambulance me dépasse, puis plus loin, je vois un coureur entouré de secouristes. Je me sens capable de tenir le rythme sur des dizaines de kilomètres, surement grâce au luxe d'une deuxième pause toilette (je me plis à tous les caprices de mon corps, je lui dois bien ça en ce jour d'efforts nouveaux). Gardant ma vitesse de croisière, je me rapproche de l'arrivée.

"And now, Sacha Cavelier, Robion" with american accent.

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   La foule par centaines encourage les finishers. L'ambiance d'un IronMan 70.3 américain, c'est ça, des applaudissements pour tout le monde, du premier au dernier, et le respect éternel pour tous ceux qui arborent le Tshirt et la casquette de finisher. Je passe la ligne au bout de 5h48' de course, en serrant les poings, mais pas les dents. Depuis que j'ai enlevé la combinaison, ça n'a été que du plaisir. C'en enlève presque son charme à l'half IronMan. J'ai fait mon semi marathon en 1h45', et j'ai encore doublé une centaine de coureurs, pour arriver à la 367ème place.Quel plaisir d'entendre le speaker américain prononcer "Now, Sacha Cavelier, from Robion" (ou plutôt Reubiun avec l'accent américain), peut être la première fois que le nom de cette ville est prononcée dans ce pays.

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   Le temps est ensoleillé, le poulet au maïs est délicieux, et les jambes sont en pleine forme, comme si je venais de faire mon footing du matin. Pas une courbatures. J'ai vécu des moments fantastiques aujourd'hui, et chaque jour je me dis que je suis incroyablement chanceux de les vivre et d'avoir des proches qui ont rendu cela possible. Il y a eu des bonnes surprises sur ce premier triathlon, et puis des mauvaises. Et les unes comme les autres sont un tremplin qui me pousse à récidiver, à me dépasser, à envisager de faire plus long.

Photo-0191Une des bonnes nouvelles, c'est qu'on ne rentre pas les mains vides des IronMan 70.3 : Le sac plein de bricoles, la tête remplie de souvenirs.

IRONMAN 70.3 MOOSEMAN - 1,9KM+90KM+21,1KM

5h48'27''

Swim : 46'46'' (2'27''/100m, 798ème après Swim)

Transition 1 : 5'28''

Bike : 3h07'45'' (28,761km/h, 470ème après swim+T1+Bike)

Transition 2 : 3'01''

Run : 1h45'27'' (12,006km/h, 5'00''/km, 367ème classement final)

4442kcal

367ème sur 1121 arrivants

14ème men 18/24 years.

Les photos ici.

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  • : Sacha Cavelier Triathlète
  • : Après une formation d'ingénieur en France, je combine le triathlon élite LD à un doctorat de 2015 à 2020 au Canada et Australie. Installé en Ohio, papa, je poursuis la route sur les ultra trails et triathlons en espérant être encore compétitif.
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