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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 15:41

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   Mon objectif lors de cette course a été de partager un moment entre coureurs avant tout. Durant ces longs mois d'hiver sans aucune compétition, le fait de participer à cet évènement convivial permet de se motiver pour aller courir tout le mois de décembre. Et puis, l'évènement en lui-même fait pratiquer de l'endurance pure, c'est à dire de la vitesse faible pendant longtemps. J'ai pu y retrouver beaucoup d'amis, ce qui fait que cette première expérience de course en temps plutôt qu'en distance s'est très bien passé. Initialement prévue le 1er janvier 2013, la course a été avancée au 29 décembre afin de pouvoir utiliser le chalet, un endroit chaud pour après la course. Le circuit était une boucle de 2,2km enneigée à effectuer le plus de fois possible pour les 23 participants. Le froid mordant (-17°C au départ à 8h30) a été un élément clé dans les abandons.

   Mon autre objectif était de ne pas me fracasser les jambes, car je voulais récupérer au plus vite pour pouvoir continuer mes entrainements normaux, et aussi pour faire de la luge dans l'après-midi avec deux amies. Je n'ai d'ailleurs pas beaucoup déchargé le volume de la semaine malgré cette course, la priorité hivernale étant mise sur de solides entrainements. Je suis donc parti très prudemment, et j'ai laissé les meilleurs régler leurs comptes. Pendant une quinzaine de kilomètres, nous avons couru dans un peloton qui s'est peu à peu réduit. J'ai alors parfois couru seul, parfois avec quelques coureurs qui me rejoignaient ou que je rejoignais. J'ai effectué une première pause toilette au bout de 1h30, et une deuxième pause rapide au bout de 4h pour mettre une paire de gants plus chaude, car lorsque la température est descendue vers midi, j'ai ôté mes gants pour prendre une barre de céréale, et mes mains ont gelé, je n'ai plus réussi à les réchauffer.

   Ma force a été de ne faire que peu de pauses. J'avais l'impression de me faire beaucoup doubler, mais avec à peine une quinzaine de minutes d'arrêt sur la course, j'ai pu courir 52,8km ce qui m'a hissé à la 4ème place. L'objectif a été atteint avec une belle longue sortie de course et les jambes encore en formes pour la suite des évènements à part un orteil bleu à cause des frottements dans la chaussure mouillée.

   Je suis content de voir les progrès que j'ai fait en endurance. Ils me seront utiles sur mes marathons de 2013. Je ne projette pas de faire de distances plus longues en 2013, car je veux mettre l'accent sur la course sur route et les triathlons olympiques et demi-ironman. Je recherche plus à présent le progrès sur ces distances que le dépassement de soi sur les longues distances. Même concernant l'ironman, je préfère attendre 2014 et m'aligner avec un gros objectif de temps. Ce sont mes bonnes résolutions de 2013.

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52,8km

8,800km/h, 6'49''/km
4ème sur 23 partants.

 
Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - ultra
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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:15
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  Lorsque j’ouvre les yeux, il est 3h26. Le réveil va sonner dans 4 minutes, et je me suis endormi il y a 4h environ. Je m’étais couché à 21h30, mais la chaleur étouffante qui plane sur Montréal depuis deux jours ont eu raison de ma somnolence, pendant deux bonnes heures tout du moins. En revanche, ce matin, ou plutôt cette nuit, l’air s’est rafraichi avec les averses ici et là. Je me lève et quitte le Tshirt du Genève marathon que j’avais enfilé pour dormir. Pour me rappeler mon premier marathon. Pour me donner du courage pour mon premier 50K.
    Je traverse la ville à vélo dévisageant les fêtards bourrés attirés par mon habillement de coureur. J’attrape le bus de 4h, qui me dépose non loin de la ligne de départ vers 5h. Cette course est très conviviale, vu son nombre restreint de coureurs. Une poignée de coureur s’est élancée à minuit sur le 100km, une autre sur le 50 miles (80km) à 2h. Nous sommes une trentaine sur le départ du 50km qui devrait fendre l’air à 6h précises. Les Tshirt d’ultramarathons, ironmans se croisent, mon pauvre Tshirt du marathon de Lake Placid de la semaine passée me ridiculise presque. Après les instruction des organisateurs (ayant tous fait au moins les 166km du tour du Mont Blanc ou les 217km de la traversée de la vallée de la mort californienne, on peut leur faire confiance). Mon objectif est de 5h, soit du 10km/h, qui me semble ambitieux car j’ai des doutes sur mon état de forme vu mes quatre marathons, déjà, depuis le 11 avril. En revanche cette course se gagne parfois en moins de 4h parfois en 5h30 selon les années. J’ai mes chances.
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Le départ du 50km à 6h du matin.
    Mais dès le départ, trois coureurs adoptent un rythme d’enfer 12,5/13km/h, mon allure marathon. Autrement dit, je pourrais –mais ce n’est même pas sûr- les suivre sur 42km, mais après ils me lâcheraient surement. Ceux parmi eux qui n’abandonneront pas finiront en 3h48’. Je prends plutôt un rythme 11km/h avec un groupe de 4-5 coureurs.
Les ravitaillements tous les 10km sont importants. J’ai de l’eau sucrée, des barres à profusion, mais l’importance de ces ravitaillements, c’est de se fixer des petits objectifs. On ne peut pas se dire « bon, voilà je cours 50km, c’est parti », c’est trop dur mentalement. Par contre on peut se dire « allez je cours 10km, jusqu’au ravito, après on verra ». Puis on va au deuxième. Puis au troisième. La course longe les rives du fleuves St Laurent, dont les berges sableuses et les phares et ports donnent une impression de Bretagne. Du 20 Au 30eme km, la course longe le canal Lachine. Cela devient plus dur, car des coureurs m’ont doublé, j’en ai doublé, mais au final je suis seul. Je rattrape une coureuse du 50 miles. Quelques douleurs me freinent, déjà. Les 10 minutes d’avance sur mon chrono espéré disparaissent, des minutes de retard apparaissent. Bah. Maintenant, vu les premiers signes de fatigue, l’important est de finir. Je fais le vide dans ma tête. Je me plante de route.
    Au bout de 1,5km un organisateur me rattrape et me faire le même 1,5km en marche arrière. Le chrono, ce ne sera pas aujourd’hui. Je décide alors de baisser le rythme, d’autant plus que les nuages cèdent la place au soleil et à la chaleur. Le ravito des 30km est atteint à 3h16’. Je fait une dizaine de km avec un couple de montréalais, qui préparent l’ironman de Montréal. Nous passons deux ponts sur le fleuve St Laurent, deux parcs. Au km 40, je pars seul, après 4h30’ de course, mes partners étant trop fatigués pour garder le rythme. Mais le plus dur reste à faire, l’ascension du Mont Royal, dominant Montréal du haut de ses 220m. Sur 4,5km, cela semble peu, mais la perception après 41km est autant fourbe qu’un joueur de l’équipe de France. Il restera le tour du sommet de 2,2km avant l’arrivée. Je ne cours pas, je titube, je me hisse au sommet, alternant étirements et pauses barres. Au sommet, une organisatrice me fait un signe de la main. « deux ». Deux quoi ? Deux km ? « Non, il reste deux tours de sommet ». Le moral en prend un coup. Sur le premier tour tout du moins. 2,2km plein de douleurs et de fatigue. Lorsqu’on se dit pendant 40km qu’une fois au sommet il ne restera plus que 2,2km, et que l’on se retrouve face à son terrible destin de 4,4km, la chute est dure. Mais le deuxième tour, celui de la fin, redonne des jambes qui mènent droit à l’arrivée, en 6h01’, résultat final. L’ascension fut longue et pénible.
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Et 6h plus tard, j'arrive au sommet du Mont Royal.
    Puis les applaudissements des organisateurs célèbrent ma première arrivée sur une distance plus longue que le marathon. Mais pas la dernière. Il y en aura d’autre. Peut être pas sur le plat, car comme le souligne les concurrents, le trail, la course en montagne, c’est moins violent musculairement grâce au dénivelé et descentes qui font travailler différents muscles en alternance. Le buffet d’arrivée est digne de la course. Les écureuils gris montréalais iront même se joindre à nous, fouillant les glacières et dégustant les donnuts. Tout en observant le cadavre de mes jambes étendues dans l’herbe, je raye d’un grand trait la distance 50km des choses que je dois faire ou plutôt courir avant de mourir.

MONT ROYAL SUMMIT QUEST - 50KM

6h01'45''

8,293km/h, 7'14''/km

17ème sur 27 partants

2nd homme 20/29 ans.

Les photos ici.

10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:10

   Mon premier test sur ultra, sur un parcours que j'avais fixé, avec mon frère réquisitionné en porteur d'eau et de nourriture à vélo. Des sensations assez bonnes malgré la traversée de la chaîne montagneuse des Alpilles et les dénivelés, jusqu'au kilomètre 45, où je suis dans le 10 km/h de moyenne. Mais les 15 derniers kilomètres s'avèrent difficiles à la fin, je suis obligé de faire des pauses pour m'étirer, ce qui fait passer ma vitesse moyenne à 9,5km/h.

   Tous les détails du parcours sur : http://www.mapmyrun.com/route/detail/20125186/

 

    Merci à mon frère Valentin de m'avoir accompagné et ravitaillé en nourriture et eau, et pour son soutien psychologique malgré le froid...

Robion - Raphèles 60km 6h20 déc2009, merci à Valentin mon frère de m'avoir accompagné en vélo

43ème kilomètre, juste au delà du marathon, moi et mon frère. Plus que 17km...

10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:04

STL2010

   "La Saintélyon 2010 restera dans les mémoires comme une édition d’anthologie avec des conditions hivernales inédites. 5 jours avant le départ, plus de 40 cm de neige recouvrent le parcours, et des températures polaires s’installent pour la semaine. Après 20 ans d’absence sur l’épreuve, la neige fait un retour fracassant. L’organisation doit revoir sa partition et les participants doivent s’adapter à ces conditions particulières. Plus de 1500 participants renonceront à prendre le départ. Le décor, encore plus féérique grâce à une nuit claire et une neige immaculée, enchante les sens mais la neige profonde par endroit et piégeuse sur la fin de parcours rend la progression des coureurs plus délicate. A l’issue d’une course longtemps incertaine, et après les abandons de Manu Meyssat (longtemps échappé) et Philippe Rémond, c’est Denis Morel, champion de France des 24 heures, qui franchit la ligne d’arrivée à Gerland en 5h 18, devançant de peu Emmanuel Gault, une nouvelle fois dauphin de l’épreuve, devant David Pasquio et Jean-Franck Proietto. Chez les Féminines, Maud Giraud Gobert ne laisse en revanche aucune chance à ses poursuivantes. Plus de 3900 finishers franchiront la ligne d’arrivée. Un exploit qui doit être souligné cette année, tant le nombre d’abandons a été important. En relais, le team Tecnica remporte le relais 2, tandis que Running Conseil truste les relais 3 et 4. Enfin, la première édition de la SaintExpress couronne Oswald Cochereau, un habitué du Top Ten de la Saintélyon devant Sébastien Farano et un millier de finishers. Fleur Carron l’emporte côté féminines, Vivement le printemps ! Une édition éprouvante pour les participants … et les organisateurs.  Un grand coup de chapeau aux 500 bénévoles qui eux aussi, se souviendront longtemps de cette édition." 

 

      Après trois ans passés à Saint Etienne, je me devais de participer à un monument de la course ultra en France. La SaintéLyon, avec plus de 11 000 participants et 57 éditions, est une des références côté ultramarathon. Ses 68km se font entièrement de nuit, avec un départ à minuit de Saint Etienne, Cette année, la météo annonçait déjà la couleur puisque les chutes de neige de mardi avaient bloqué l'autobus qui nous ramenait d'un forum à Lyon. J'avais fini en stop les 30 derniers kilomètres jusqu'à Saint Etienne à 22h30 du soir, après cinq heures passées dans le bus bloqué. J'avais retrouvé mon vélo à Saint Etienne sous des stalactites de glace. Bref, la nuit de ce weekend s'annonçait blanche. Dans tous les sens du terme...

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A gauche, tous les habits que je vais porter sur 68km. A droite, ce que ça donne quand c'est sur moi.

      Le samedi, après avoir retiré les dossards, moi et deux amis Alexandre et François qui participent à la course, sommes fin prêts sur le site du départ. Les trailers se bousculent dans les grands halls, des coureurs dorment par terre. On peut distinguer des montagnards, des vrais de vrais, ceux dont on peut lire sur leur visage tous les caprices de la montagne qu'ils ont eu à affronter. Puis minuit arrive et le départ est lancé. Des milliers de partants sont amassés, on distingue au loin la ligne de départ et les premiers qui s'élancent très vite dans un feu d'artifice de lampes frontales.

Photo-0054La tension monte, la nuit tombe. C'est une ambience particulière qui régne.

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Le départ dans la nuit froide stéphanoise.

     Et la course démarre. Je suis à 200m de la ligne de départ, dans la pénombre. Sous l'arche de départ, les élites démarrent au loin à une vitesse impressionnante, éclairés par un petit feu d'artifice, sous le son d'une cloche qui s'excite dans la nuit. Pour moi aussi, l'excitation est à son comble. Mon objectif est de 8h, j'avance à un peu plus de 11km/h sur le plat, et marche dans les montées qui, dès le départ, sont assez raides. Le spectacle des coureurs dans les rues désertes de la ville vaut le coup d'oeil. Malgré le froid et l'horaire, les spectateurs répondent présents le long des routes, et ce jusqu'à Lyon, toute la nuit, pour encourager.

Photo-0057Des trailers dans les rues bloquées stéphanoises.

     On m'avait prévenu que la SaintéLyon était réputée pour être boueuse, mais cette nuit, elle se fera 100% dans la neige. J'adore y courir, mais les plaques de verglas pimentent un peu trop la course. Au km 13, un trailer glisse et crie. Pas le cri "Fais chier, putain de verglas!". Le cri viscéral "Que quelqu'un appelle les secours, je me suis cassé quelque chose". J'avale ma salive.

     Au fur et à mesure que l'on monte et que l'on descend dans les sentiers de montagne enneigés, je ne peux m'empêcher de me retourner régulièrement pour regarder le ballet de lucioles, les lampes des coureurs, qui serpentent sur les kilomètres que je viens de parcourir. L'image est belle, le souvenir se grave.

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Un serpent lumineux dans la nuit sombre et fraiche.

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     La première moitié du parcours se fait assez lentement : des bouchons apparaissent ici et là, le rythme ralenti sans que l'on puisse doubler. Je ne m'en plains pas car je ne veux surtout pas provoquer l'arrivée d'un coup de mou. J'entends des coureurs se plaindre dans les descentes. "L'année passée, ça allait très vite à ce point là, tout le monde doublait dans tous les sens". Cette année des trailers glissent sur le verglas, finissent sur le cul, d'autres s'agrippent aux branches où rattrapent le coureur de derrière. Les températures descendront jusqu'à -12°C. L'entraide est maître mot, mais du coup je ne passe qu'en 4h30' la mi parcours.

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Des guerriers dans la nuit. 

      Passé cette moitié, je décide alors de mettre du rythme. Les jambes sont là, alors autant qu'elles ne soient pas venues pour rien. Je cours à 12km/h plutôt qu'à 11 dans les descentes, je fais les montées en marche rapide en doublant un maximum. Cette accélération porte ses fruits puisque je remonte de la 2000ème place à la 800ème. Je passe aussi de 40ème espoir à 12ème. Les sms d'encouragement et de mon classement en tant réel que je reçois me motivent plus que tout. Je trace ma route. Je ne me retourne plus. Je double. Et je crains l'arrivée d'un passage à vide. 

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Bientôt l'arrivée. 

     saintelyon-cr Mais les kilomètres défilent et je prends énormément de plaisir. Je gère mon effort tout en gardant le rythme et en buvant, mangeant convenablement aux ravitaillements. Je passe 50km. Je n'ai jamais couru autant dans une compétition. Je passe 60km. Je n'ai jamais couru autant de ma vie. On arrive au panneau Lyon. Tout un symbole. On me dit par sms qu'au dernier pointage je suis 11ème espoir, mais talonné de près par deux autres. Nous sommes à 5km de l'arrivée. Les deux espoirs me rattrapent. Je force l'allure. Je n'y crois pas. Il reste 5km, j'en ai 63 derrière les mollets et je cours actuellement à 12,5 de moyenne d'après mon GPS, une vitesse que je ne tiens même pas sur les fins de marathon. Un espoir craque, l'autre me remercie de mener la course. Il s'accroche derrière moi, puis discute le bout de gras pour oublier le mal de jambe. Mais je suis bien et en remet une couche dans le dernier kilomètre. J'ai la sensation de voler, d'être invincible. Je ne souffre pas autant que sur les marathons que j'ai couru jusqu'à présent, c'est différent. L'arrivée d'un marathon est une délivrance, la fin de la souffrance, alors on finit en larmes. Mais là non,c'est différent. Je vais faire la deuxième moitié en 3h50', 40 minutes de moins que la première moitié, et je suis bien, c'est plutôt un sentiment de satisfaction qui m'envahit. J'ai toujours couru des longues distances dans l'idée de me mettre torchon. Mais là, cette arrivée me fait voir l'ultra d'un autre oeil. Je suis bien. J'arrive au parc des sports de Gerland. 8h20'. Je crie de joie et serre le point sous l'arche d'arrivée. Thomas, qui a fait le circuit de 44km en 4h59', m'attend quelques mètres plus loin. Je suis fou de joie, je le serre dans mes bras. L'instant est fort.

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L'arche d'arrivée.

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L'aire d'arrivée au palais des sport de Gerland.

 

 

 

 

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Le grand trailer international Dawa Sherpa, au milieu du podium en rouge, remet les prix aux vainqueurs.

     Alexandre et François arrivent vers 13h. La nuit a été dure pour eux. Ils ont connu tout ce que j'ai pu connaitre sur ce type de distance. Le vainqueur a mis 30 minutes de plus que le temps du vainqueur habituel. Les conditions étaient vraiment très rudes. Après m'être étiré et avoir bu, mangé, je suis en pleine forme, je pourrais déjà galoper comme un lapin. Pas une crampe, pas une courbature. C'est fantastique. Je fais 12ème jeune sur une course de renommée nationale, voire européenne. Alors je profite du moment. Je me sens prêt pour aborder l'ultra d'un autre oeil. Mais c'est l'heure de rentrer pour dormir. Je me couche à 17h30, après 30 heures sans l'avoir fermé.

 

      La nuit fut belle.


SAINTELYON - 68KM - 1300m+

Temps officiel : 8h20'36''

Temps réel : 8h16'52''

8,270km/h, 7'18''/km

6448kcal

820ème sur 3985 arrivants, 5600 partants

12ème espoir sur 76.

Les photos ici.


Temps passage

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 18:52

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556175_373864302649682_177129298989851_924983_417346505_n.jpg   The North Face endurance series est un circuit de trail de niveau relevé à travers les Etats Unis  dont la première épreuve se déroule à Bear Mountain, un parc naturel à une heure de New York, autrement dit accessible en voiture depuis Montréal, mais surtout dans une date parfaite pour mon calendrier : loin des objectifs de triathlon de l’été, et dans la continuité des trails d’hiver courus en France. Et puis surtout, voilà une occasion de tester mon endurance en pleine préparation à l’Ironman, et de concilier ainsi mes deux passions, le trail et le triathlon. Je me suis donc facilement laissé convaincre par les arguments que présentait la course de 50miles. 80,5km de plaisir en pleine nature, c’était dit, j’allais être gâté pour mon deuxième 50miles, un an jour pour jour après le premier, The Wapack and back trail. 576623_3400427406736_1151331464_32509256_718563476_n.jpg

   Ainsi, vendredi 4 mai, me voilà au départ de Montréal en compagnie d’Eric Turgeon, ex-triathlète élite s’essayant avec succès sur l’ultra, son frère Pierre-Luc, le pacer, et son copain Brent. Les pacers, ou lapin ou encore lièvre en Europe, sont ceux qui donne le tempo aux autres coureurs, notamment dans les moments difficiles. Pierre-Luc guidera donc Eric dans les 16 derniers kilomètres du trail, les plus durs. Je passe la journée à dormir dans la voiture et à reposer mes jambes, avant de découvrir le havre de paix que représente ce parc de Bear Mountain : des arbres, du vert, des montagnes à perte de vue, un air pur, un calme parfait. Dur d’imaginer l’apocalypse des klaxons des voitures newyorkaises à une heure à peine. Après avoir repéré les lieux au départ et fait le plan de match du lendemain, nous nous couchons à 10h le soir. Bref, j’aurais passé la journée à dormir sans une goutte de sport, ce qui ne m’était pas arrivé depuis un peu plus de six mois.

292108 373034626065983 177129298989851 924185 1239834632 n19   Le lendemain, Eric me réveille à 2h45. La nuit a été courte et nerveuse comme toujours. A 3h30 nous partons en voiture rejoindre la navette qui à son tour nous mènera au départ. Dans la nuit fraîche et humide, je rencontre la dream team québécoise, tous les habitués du trail dans la région de Montréal, qui n’auraient manqué pour rien au monde ce rendez-vous. Nous nous encourageons avant de rejoindre la ligne de départ. Je veux briser le 10h. Mais il y a 6 jours encore je faisais une énième sortie de préparation Ironman, et il y a 4 jours à peine je n’arrivais pas à courir sans ressentir une fatigue extrême. Vais-je être rattrapé par la fatigue ? 5h, le départ est donné, la réponse dans 10h environ. 564920_460686767280599_163101033705842_1970279_1682174093_n.jpg

   La première heure de course se fait dans la nuit et l’humidité. Très vite mon tshirt est complètement trempé, mais il ne fait pas froid. A la lueur des frontales, nous nous faisons surprendre par de petites rivières traversant le parcours. Mes jambes inhabituellement reposées depuis deux jours répondent très bien, trop même, car je pars un peu trop vite dans les single tracks. Au bout de 5km je passe le premier ravitaillement où je ne m’arrête même pas, à ce stade de la course, ce qui ne sera pas le cas plus tard. Puis le jour se lève et dévoile un épais brouillard qui a envahi les montagnes pendant la nuit. Nous n’aurons pas les vues promises sur les sommets, mais cette atmosphère mystérieuse omniprésente et véhiculée par le calme plat, le brouillard, l’environnement humide crée un univers dans lequel je n’avais jamais couru auparavant. J’en ai du mal à retenir mes jambes.

540250 460690297280246 163101033705842 1970359 823638565 n   Heureusement elles ne se manquent pas à me le rappeler, et dès les 20km de course, un petit coup au moral me fait diminuer l’allure. Peut-être parce qu’à ce moment on fait le calcul de ce qui reste, et de ce qui est fait, ce qui n’est pas si mal, et on commence alors à se préserver. Et dès le kilomètre 30, le moral revient au beau fixe, c’est un bonheur que de monter dans la boue, crapahuter sur les crêtes rocheuses, se frayer des passages dans la végétation, descendre en équilibre sur les rochers. Le terrain varie, et le profil de la course est en dents de scie tout le long, nous avons donc sans arrêt des petites descentes et remontées, agrémentées de courts passages très techniques, mais globalement le circuit reste roulant, avec parfois de belles lignes droites dans des single tracks boueux et agréable. La course est la hauteur de mes attentes, et tout se déroule très vite jusqu’au kilomètre 64 environ. Les différents ravitaillements me permettent de vérifier mon allure, et j’avance parfaitement bien, à 5miles de l’heure, soit 8km/h, en plein sur mon temps de 10h visé… Si tout va bien. Ces ravitaillements -il y en a une dizaine sur le parcours- sont importants, ils permettent d’avancer par petits objectifs, car il est beaucoup plus facile mentalement de se dire « allez, dans 3km se trouve le prochain ravito », plutôt que « allez, 45km dans les baskets, plus que 36 ». A ces ravitaillements, je remplis parfois mon Camelbak, mais prends toujours à grignoter : au début du sucré, comme des oranges, des barres de céréales, des gels énergétiques, mais au bout d’un moment le corps sature du sucre, et à partir de 35km de course environ, je commence à prendre du salé : biscuits apéritifs, fromage, et surtout, le plat préféré des trailers, des patates chaudes que l’on trempe dans du sel. Le sel fixe l’eau dans le corps, apporte des minéraux pour remplacer ceux qui sont évacués par la transpiration, et empêche l’estomac de saturer en sucre, car si cela arrive, plus d’eau ni aliment ne peuvent être assimilés, et le coureur va droit au mur. Bref, ce sera double ration de patates salées pour moi jusqu’à la fin, accompagné de bananes pour éviter les crampes. Duo gagnant, je n’en aurais pas une.

403397_3162051566005_1106811093_32484434_894854060_n.jpg   Les supporters sont formidables à chaque ravitaillement, 149747_372387179464061_177129298989851_922511_1545762351_n.jpget je fais la connaissance de Martin, coureur québécois, à mi-parcours, avec qui je courrai jusqu’à la fin. Les discussions alternent avec les courses silencieuses, mais en courant plus de 5h côte à côte, nous sommes partenaires de vie et de mort. Je le pace à bonne allure jusqu’au kilomètre 64, car je suis bien durant toute cette partie, bien physiquement, et bien dans ce vaste espace naturel sauvage. Le kilomètre 64 est une autre histoire. Certes je ne connaitrai pas un mur aussi terrible que sur mon premier 50miles l’an passé, mais après le ravitaillement du kilomètre 64, je bascule dans une mauvaise passe. Un down. Martin prends alors le relai mental pour arriver à bout de l’épreuve. Les descentes me paraissent tellement plus techniques, les montées tellement plus raides, même les lignes droites paraissent terriblement plus droites. Parfois une prise de sucre me redonne l’envie de courir, une illusion qui s’évanouit en quelques minutes. Mais je fais l’effort de ne marcher que dans les montées, jamais sur le plat, un effort mental que je suis fier d’avoir su tenir jusqu’au bout avec le recul. Les ravitaillements sont plus rapprochés sur la fin, ce qui aide à tenir. Martin semble plus à l’aise que moi à une demi-douzaine de kilomètres de l’arrivée, et je lui dis de me laisser là, je ne veux surtout pas le ralentir. Je me retrouve seul avec moi-même, dans mes pensées, dans ma douleur, dans ma passion. Je rattrape des coureurs des autres distances, peut être le 50km ou le marathon, partis plus tard, et pas dans un meilleur état que moi. Je positive au maximum, je me dis que j’ai plus de 75km dans les jambes, et que je réalise peut être pas une grande chose, mais en tout cas une longue, très longue. Hélas, les aiguilles des montres tournent plus vite dans la douleur, et mon objectif de 10h s’envole. Cependant ce qui m’importe à présent, c’est plutôt de finir, car de toute façon, je battrai mon temps de 11h59 de l’an passé. J’assoupli le plus possible ma foulée dans les dernières descentes. C’est peut-être le cent millième ou le millionième pas que je fais, et je cours encore, j’ai surement transpiré trois litres d’eau, j’ai une furieuse envie de m’allonger dans l’herbe et de regarder à quoi ressemblent mes orteils… Voilà à quoi ressemblent les pensées d’un coureur après plus de 10 heures de course. Puis le micro du speaker de l’arrivée brise le silence auparavant rythmé par les pas et les essoufflements des coureurs. C’est la récompense après laquelle je cours pendant toutes ces heures, et les douleurs disparaissent. Je distingue la ligne à travers les broussailles, maintenant je la vois nettement, peut-être à 500m. En arrivant sur les derniers 300m, sur du bitume, je tombe sur Martin, qui m’attend. « On a couru 5h ensemble, pas question que je t’abandonne si près du finish ! ». Et c’est ensemble que mettons un terme au périple américain. Partenaires de vie et de mort.

13.jpg   J’ai finalement franchis la ligne en 10h37’, en 53ème position sur 275 coureurs. Ce n’est pas ma meilleure place, mais c’est en tout cas l’une des plus dures physiquement et mentalement, et c’est donc l’une desquelles je suis le plus fier d’avoir terminé. Je suis satisfais de mes capacités d’endurance qui me seront utiles pour la longue saison à venir, mais encore plus de l’expérience de cette course : cette rencontre avec le milieu naturel, ces rencontres que j’ai pu faire : Martin, Eric qui a fini brillamment en 9h09’, et tous les autres que j’ai pu voir et revoir à l’arrivée, ou d’autres encore rencontrés au hasard sur un trail aux Etats Unis l’an dernier, qui se rappellent de moi 10 mois plus tard quand vous les revoyez par un deuxième hasard. La discipline du trail est une famille, dont chaque course est une fête de retrouvailles. Alors il s’agit maintenant de fêter dignement 80,5km en kilos de pâtes.

 

THE NORTH FACE ENDURANCE CHALLENGE BEAR MOUNTAIN - 80,5KM - 2145M+

10h37'59''

7,571km/h, 7'52''/km
53ème sur 275 partants, 234 finishers
10ème men 16-25 years.
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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 18:14

TSB

 

   Après un réveil matinal un peu avant 5h et quelques heures de voiture, moi et mes compagnons de voyage quittons l'autoroute pour nous engager dans des routes de montagnes sinueuses. Les faibles lueurs du jour laissent à peine deviner d'impressionnantes masses rocheuses qui se dressent de part et d'autre de la route, qui ne se présentent que sous la forme de blocs noirs sur fond de ciel bleu marine. J'ai très mal dormi cette nuit car je vais courir ma première longue course de la saison, et le retour à la longue distance est toujours brutal en début d'année. Les virages de la route finissent par aboutir dans une gigantesque cuvette naturelle, où se situe Cuges les Pins, village des Bouches du Rhône. A quelques kilomètres de la mer à peine pourtant, personne ne semble pouvoir s'échapper des écrasants remparts rocheux qui emprisonnent la ville et qui viennent de se révéler à nos yeux en même temps que les premiers rayons du soleil sont venus les éclairer. En culminant à plus de 1000m d'altitude, 900m au dessus du village de Cuges les Pins, le massif de la Sainte Baume domine le département des Bouches du Rhône. Il fait -4°C, et en resserrant ma veste sur le chemin pour aller chercher mon dossard, je me dis qu'aujourd'hui je vais, entre autres, affronter ses pentes abruptes et ses nombreux rochers afin de gravir par deux fois son sommet. Je vais devoir gérer mes habits pour parer la fraicheur du matin et la chaleur de l'après-midi. Je vais devoir gérer mon eau pour pouvoir courir plusieurs heures entre forêts de pins et crêtes rocheuses désertiques. A 8h précises, moi, mes compagnons vauclusiens et quelques 350 autres coureurs de la France entière partirons affronter les 44,6km et 2555m de dénivelé dans les immensités naturelles et montagneuses du sud de la France.

Profil-et-parcours.jpg

6827309056 85dc250d40   Les coureurs se réchauffent comme ils le peuvent sur le stade accueillant l'aire de départ. J'ai opté pour une deuxième épaisseur, que je quitterai pendant la course. J'ai avec moi un Camelbak avec 1,5 litre d'eau et quelques barres énergétique. Un peu après 8h, après le briefing des organisateurs sur les passages les plus difficiles, le coup de départ est donné. Le circuit commence par une dizaine de kilomètre de montées, qui nous mènera directement à 1000m d'altitude. Je prends un rythme confortable, et il n'est pas encore nécessaire de marcher, car la pente reste douce malgré les nombreuses pierres. Mon objectif est d'arriver sans la moindre fatigue au kilomètre 8, lieu du premier ravitaillement, car à cet endroit là se dresse la montée du grand vallon, un monstre de 2km et 400m de dénivelé. Il y sera pris le temps de chaque coureur au bas et en haut de cette montée afin d'établir un classement du meilleur grimpeur. Une course dans la course. Cette facilité que j'ai dans les montées par rapport aux autres coureurs compense mes difficultés à descendre rapidement. Mais aujourd'hui, la montée chronométrée du grand vallon est l'occasion de briller un peu.

 6827343566 0636bc74f2  J'arrive ainsi au fameux ravitaillement. Je bois, fais une pause de quelques minutes, puis un bénévole vient enregistrer ma puce à l'aide d'un appareil. C'est le moment de tout donner, et je pars à l'assault des dénivelés. Les premières centaines de mètres sont en faux plat montant, ce qui me permet de courir à bon rythme en me me faufilant entre les coureurs. Puis, le sentier devient plus escarpé et étroit. La pente augmente, mais je continue à courir à petites foulées. Je double de nombreux participants qui préfèrent marcher et conserver de l'énergie pour plus tard. Je finis par arriver dans une terrible pente sans aucune adhérence à cause de la terre séchée par le soleil se dérobant sous mes pieds. Je n'ai aucun autre choix que de passer en marche rapide, mais là encore, je continue de doubler des trailers. Mon coeur bat à son maximum, je transpire toute l'eau de mon corps, mes mollets brûlent. Je crois alors être arrivé au bout de mes surprises au sommet de la côte, lorsqu'un nouveau chemin, pas moins raide, se dévoile sur la gauche. Celui-ci est constitué davantage de blocs rocheux, et les mains deviennent à leur tour sources de propulsion pour seconder les jambes. 6827362850 c43ca7b13dMais ma vitesse diminue face à cet effort intense, et je me sens rendre les armes tout doucement. C'est en apercevant le bénévole prenant le temps des coureurs au sommet, synonyme de fin du calvaire, qu'un deuxième souffle me propulsera au point culminant des Bouches du Rhône. Je m'offre alors quelques minutes de répit, range ma veste dans mon sac, me désaltère. Quelques coureurs me dépassent en me donnant une tape dans le dos, comme pour me féliciter de ma montée, ou alors pour m'encourager pour les 35km à venir. J'ai laissé des plumes dans l'ascension, je le payerai sûrement plus tard. Mais je suis ravi de ma montée, ce qui me motive à repartir.

6835488752 6be17e8b4f   Ce formidable réveil musculaire me permet d'entamer une descente assez rapide. Je suis remontée à la 17ème place, toutefois la descente étant mon point faible, des coureurs me rattrappent. Je glisse doucement vers le kilomètre 15 et le second ravitaillement, pour enclencher ensuite la deuxième montée. Celle-là, je la prends beaucoup plus tranquille. Et en basculant de l'autre côté de la montagne, la végétation change brusquement. Nous quittons les chênes verts et l'herbe jaune poussant au milieu des pierres blanches et calcaires du versant exposé toute la journée au soleil, et c'est à présent une végétation dense et verte qui apparait. Ce versant ombragé toute la journée permet à de grands chênes blancs de former un sous bois rafraîchissant et humidifiant l'air, et il devient agréable de courir sur un tapis de feuilles mortes. Ce passage de quelques kilomètres aura été enchanteur. C'est ensuite le retour sur les techniques crêtes rocheuses : un peu de plat valloné où je parviens encore assez bien à relancer, une descente abrupte, un passage dans une grotte, et c'est le ravitaillement du kilomètre 30. Après 3h30 de course et des tonnes de produits sucrés, j'ai une furieuse envie de saucisson et de camembert avant de reprendre ma route.

6973452141 30f9b0f8096978694783 40f1ee263e b    Il ne reste alors plus qu'une quinzaine de kilomètres lorsque la descente se durcit techniquement, en même temps que la chaleur s'abat sur nous. Nous sommes alors sur une des parties les plus compliquées du parcours. Le chemin ne se devine qu'au travers des énormes blocs rocheux de la descente, et sauter de blocs en blocs est un exercice perilleux après ces heures de course dans les jambes. Il faut se montrer très prudent pour arriver entier dans la dernière grosse montée du circuit. Surtout que cette "montée de la glacière" porte mal son nom : ce n'est que le mois de mars, mais les rayons de midi sont déjà pénibles, et les pierres blanches du chemin renvoient toute la chaleur comme des miroirs. Dans ce vallon encaissé, on a vite l'impression d'être6835480766 fc78246a4d b dans un four. Les dénivelés sont importants, et, même en marche rapide, l'effort devient intense. Il n'est pas rare de doubler des coureurs assis sur le bord du single track, se justifiant de leur pause par un "coup de chaud". Juste avant le sommet, un passage sous des falaises ombragées est un formidable revitalisant, surtout que derrière, c'est la grande descente vers Cuges les Pins. Elle alterne entre faux plats descendants et pentes à pic, mais se termine assez facilement avec l'odeur de l'écurie dans les nasaux, et le dernier ravitaillement au milieu. Une douleur ligamentaire dans le genou gauche m'empêche de trop forcer dans cette descente, ce qui fait que je finis dans un état plus correct que lamentable, ce qui est rare sur les courses de cette longueur. Il ne faut pas oublier une dernière petite montée à deux kilomètres de l'arrivée, très raide comme d'habitude, mais courte pour changer. La descente finale sur la ville puis le passage dans les rues barrées de la cité est un vrai bonheur, comme le gong de la délivrance. Avec 5h25' de course et une place de 32ème scratch, je suis content de ma journée, surtout que je suis 2nd de la montée chronométrée. Apparemment seul le vainqueur de la course aura été plus rapide que moi dans cette ascension de seize petites secondes. Il y a un petit goût d'amertude dans la bouche avec le recul, mais cette journée remplie de paysages fabuleux fut trop belle pour avoir des regrets.

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TRAIL DE LA SAINTE BAUME - 44,6KM - 2555M+
5h25'42''
8,216km/h, 7'18''/km
32ème sur 350 partants, 244 finishers
15ème sénior.
MONTEE CHRONOMETREE DU GRAND VALLON - 2KM - 400M+
16'51''
1424m/h (vitesse verticale)
2ème sur 350 finishers
1er sénior.
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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 05:16

bando templiers blog 2012

221011-1749(001)    La grande course des templiers est un évènement de l'ultra en France. 6000 coureurs se répartissent sur les différents parcours de 8 à 110km qui commencent dès le vendredi 4h, et le dimanche matin, 2850 coureurs s'élancent sur l'épreuve reine, la grande course des templiers, longue de 72km pour 3200m d'ascension positive. Nous avions donc décidé avec Philippe d'aller terminer la saison d'ultra par cette petite folie. De mon côté, cela terminait mon automne 2011, dans lequel je m'étais fixé de faire un triathlon, un marathon et un ultra. Bref, la saison de longue distance 2011 allait se conclure, et avant de se jeter sur les trails courte distance et les trails blancs de l'hiver, il fallait se faire plaisir au maximum, car la prochaine 'longue' ne serait pas avant le printemps 2012. 

!cid SAM 1161   Nous avions donc réservé un emplacement dans un camping à un kilomètre du départ. Après quelques heures de voiture et avoir monté la tente, nous faisions un saut au salon du trail pour retirer les dossards et regarder les courses du samedi, histoire de se mettre dans l'ambiance. Puis, après un léger repas, tout le monde, y compris les autres innombrables trailers du camping, est allé se coucher tôt.

   Dimanche 23 octobre, 4h55. Le réveil sonne. La nuit n'a pas été bonne à cause de l'excitation qui commence à monter. Pas de stress, juste de l'excitation et des questions. "Est ce que je n'ai pas manqué de sorties longues ? Est ce que je vais avoir un mur ? Jusqu'à quel kilomètre je vais être bien ? Jusqu'au quel je courrai ?". Les réponses dans une heure.

Parcours-et-profil-copie-1.jpgarton69124-9645d   6h15. L'heure du départ. Il y a trois sas, le premier étant réservé aux 250 élites, le deuxième comprenant 750 coureurs qui ont déjà fini cette course par le passé. Je suis dans le premier quart du troisième sas, serré dans la foule. Dans la nuit noire, il est impossible de distinguer les montagnes que l'on voyait hier de jour. Puis soudain le brouhaha des 2850 coureurs est coupé par la musique d'Era, Ameno, qui vient résonner jusqu'à l'intérieur de nos entrailles. Le décompte commence, et à quelques secondes du départ, une multitude de torches rouges s'allument et éclairent la route que nous allons prendre. Puis des sons de cloches annoncent que le départ est lancé. On peut apercevoir les élites partant à toute allure devant. La masse commence à avancer et je passe la ligne de départ. C'est parti.

!cid SAM 1165COR 0022   Sur les premiers kilomètres, de bitume, et à la lueur de la lampe frontale, il est impossible de doubler tant le nombre de coureurs est grand. Mais je préfère partir très lentement et suis le groupe. Puis la première montée arrive, très raide, en même temps que les chemins caillouteux. Il est impossible de courir à cause du monde, mais ça ne me dérange pas de faire cette montée en marche rapide afin de garder du jus pour plus tard. Puis, on arrive sur un plateau, sur un Causse. Le sentier deviens roulant sur une quinzaine de kilomètres, et je me risque à doubler du monde, à mettre un peu de rythme. Le chemin est un peu monotone mais au bout d'1h30 de course, le jour se lève tout doucement et je peux enfin éteindre la frontale. Le sentier se vallonne un peu, puis redescend fortement. Nous arrivons dans un petit village où les gens se sont levés pour nous encourager. C'est le premier ravitaillement  de Peyreleau du kilomètre 26, et je pointe à cet endroit après 2h55' de course. Je suis alors 841ème. J'évolue donc à plus de 8 de moyenne sans avoir l'impression de trop forcer, et suis donc sur les bases de 9h.

!cid SAM 1194!cid SAM 1170   Après un copieux ravitaillement, surtout en boisson, la course emprunte un chemin très technique et escarpé qui remonte très abruptement. C'est encore les embouteillages, et je monte donc à une allure pas très rapide, mais une fois arrivé sur le plateau, le sentier vallonné permet de prendre un rythme convenable. C'est un peu moins roulant cette fois, avec davantage de montées et descentes, mais heureusement le ravitaillement de St André de Vézines est moins loin, au kilomètre 36, où je pointe en 619ème en un peu moins de 4h30'. Il m'a fallut 1h30' pour faire ces dix kilomètres, à cause de cette grande montée où il était impossible de doubler, mais j'ai malgré tout remonté des places. Cette fois, je re-remplis mon Camelbak qui est déjà vide, et ne m'attarde pas trop à cause du vent froid du sommet des Causses. Nous sommes à mi-parcours, en tout cas en théorie, et je suis content de constater ma fraîcheur.

!cid SAM 1185   Cette fois il n'y a presque plus de parties roulantes sur cette deuxième moitié. Sans arrêt, nous montons et redescendons, franchissant la distance du marathon, jusqu'à une grande descente technique qui nous emmène tout en bas dans la vallée. Nous y traversons un village plein de bonne ambiance, avant de remonter sur le flanc de la montagne d'en face. C'est la montée la plus dure et longue de la course, et chacun prend son mal en patience. Une fois en haut, j'arrive assez bien à reprendre le rythme de course sur des parties moins raides, et essaie de me rappeler le profil de la course que j'ai longtemps étudier la veille, pour savoir ce qu'il reste à faire. Je double alors Christian, un ami du club de course de Cavaillon, qui est moins frais que moi. Puis, enfin, c'est le ravitaillement du 51ème kilomètre, à Pierrefiche. J'y passe en 6h48', j'ai laissé des plumes sur ces 15 kilomètres, il m'a fallut plus de deux heures pour en venir en bout, mais j'ai encore une fois remonté des places, donc je suis content de moi sur cette partie là. Et puis le moral est là, car il ne reste plus qu'un peu plus de 20 km à présent. Je me fixe l'objectif d'arriver au dernier ravitaillement, celui du 66ème kilomètre, après, tout ira comme sur des roulettes.

!cid SAM 1193!cid SAM 1205   Mais en attendant, le sentier se compose en majeure partie de single tracks techniques, même sur le plat. Heureusement, pour passer le temps, nous avons les plus beaux paysages du circuit à admirer, et puis je me sens encore de courir sans rechigner. Ces kilomètres passent assez rapidement, puis nous amorçons, encore une fois, la troisième, un grande descente pour rejoindre le bas de la vallée. En bas, un pont de kayaks a été mis en place pour traverser une rivière. Je demande le kilométrage à un trailer qui a un GPS, il me répond 63km. Il en reste moins de 10, le prochain ravitaillement est près, tout va bien. Mais après avoir traversé la vallée, la quatrième et dernière grosse montée devient une horreur. Elle n'est surement pas plus dure que les autres, mais reprendre encore une fois 500m de dénivellation dans ces chemins techniques achève mes jambes. Elle n'en finit plus, je m'attends à la voir mourir à chaque virage, mais elle ne s'essouffle jamais, continue toujours inlassablement. Je finis toute l'eau de mon Camelbak, et je désespère de voir ce ravitaillement. Puis, au kilomètre 66, la pente diminue enfin et je recommence à courir. Je vois avec joie des bénévoles, mais ceux-ci m'annoncent que le ravitaillement est deux kilomètres plus loin. C'est dur au moral, à ce point là, la moindre rallonge, aussi petite soit-elle, est un  calvaire. Nous arrivons donc au dernier ravitaillement de la ferme Le Cade avec deux kilomètres en plus au compteur, 68 au lieu de 66. J'y suis arrivé en 9h08', suis 464ème, et espère sincèrement qu'il ne reste presque plus rien, vu qu'en théorie, on ne serait qu'à trois kilomètres de l'arrivée. Mais on m'y annonce qu'il en reste encore huit, et pas des plus faciles. En fait, on se dirige vers la partie la plus dure de la course, le moral bas, car ça fait toujours râler de se prendre cinq kilomètres de plus, mais je suis venu pour ça, pour manger des kilomètres. Des coureurs font une pause au ravitaillement, s'assoient. Je me dis que si je m'assois, je ne me relèverais pas , alors je repars assez vite dans les sentiers après avoir rempli une deuxième fois le  Camelbak.

!cid SAM 11992   Cette partie est la plus dure de la course car la montée restante, certes plus courte que les quatre grosses précédentes, et les deux descentes restantes sont très pentues et techniques. Les cuisses dégustent dans les descentes, et c'est le tour des mollets en montée. Je ne suis plus très frais en cette fin de course, et m'accroche à mon mental pour venir au bout de cette ultime ascension, si épuisante, d'autant plus qu'un passage est tellement raide qu'une corde a été fixée à la paroies pour s'aider. Je me réjouis de faire cette partie de jour, car bientôt la nuit va tomber, et les coureurs derrière moi auront encore plus de mal. En fait une déviation sera mise en place pour éviter les accidents à la tombée de la nuit. Enfin, j'admire une dernière fois le sommet des Causses, passe dans une petite galerie de grottes où des bénévoles éclairent le sol, et aperçois enfin la ville de Millau lors de la redescente. Nous ne verrons pas le célèbre viaduc à cause des nuages, mais je suis déjà bien heureux de ne pas avoir reçu de pluie. La descente est dure, mais je suis tellement content d'en avoir fini que les kilomètres se déroulent mieux.. Je profite des derniers hectomètres vers la ligne d'arrivée, que je franchis le poing serré, après 10h43' d'effort.

!cid SAM 1175   En ce qui concerne les résultats, je suis resté 464ème, je n'ai pas concédé ni perdu de places dans cette partie finale. Je me ravitaille rapidement , uniquement en Coca Cola, car je ne rêve que d'une chose, une bonne douche, en attendant Philippe qui finira de nuit en 14h. D'ailleurs en sortant de celle-ci, l'odeur des frites du camping, ainsi que la faim, me feront craquer, à un tel point que j'aurais droit à une petite crise d'hypoglycémie durant les trois minutes d'attente pour faire réchauffer ces frites. En fait, je découvrirais plus tard que cela était en partie dû au fait que le Coca était ... sans sucre... Dingue de trouver ça sur un ultra ! Mais c'était aussi dû aux kilomètres de la journée dans les jambes. Tous ces kilomètres. Il y en aura eu 77 finalement au lieu de 71,8. On en aura eu pour notre argent.

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LA GRANDE COURSE DES TEMPLIERS- 77KM - 3200M+
10h43'05''

7,184km/h, 8'21''/km

464ème sur 2850 partants, 1995 finishers

258ème sénior.

Les photos ici.

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 12:40

DWDU

   English version follows after the french version. Please excuse mistakes.

FRENCH VERSION

   Après un départ de Montréal avec une formidable bande de coureurs aussi fous que moi qui avaient accepté de me supporter pendant deux jours, la direction de l'aventure était plein sud, vers les Adirondacks, une chaîne de montagnes de l'Etat de New York offrant de superbes paysages, à travers monts et lacs sauvages. Aventure n'était pas une exagération ce jour-là. Au bout de 300km de route goudronnée, le chemin à suivre devient subitement une piste de terre vallonnée, torturée de virages, à un tel point que la voiture de devant disparait sans arrêts pour refaire surface quelques secondes plus tard. Et puis, après quelques kilomètres, la piste meurt sur les rives d'une rivière, dont les eaux sont doucement filtrées par un barrage. Ici, il n'y a ni eau courante, ni électricité, ni réseau pour les téléphones portables. Pas de doute, c'est bien la bonne place. Nous sommes au Wakely dam.

Photo-0214

Photo-0219   Et dans ce bout du monde, il y a pourtant des gens. Des coureurs plutôt. Tout le monde semble être à la bonne place. Lorsque je marche dans une grande ville, lorsque je vois tous ces gens étouffés par la vie sociale, je me sens comme une pièce de plastique qu'on essaie de faire rentrer dans le mauvais moule. Ce n'est pas mon monde. Et quand j'arrive dans un endroit comme le Wakely dam, la mascarade cesse. Tout le monde sait pourquoi il est là, et ne voudrait être à aucun autre endroit dans le monde. Nous sommes tous tels des figurines bien rangées dans la bonne étagère. 

2

   L'ambiance des grandes courses est là : pasta party de veille de course, montage de tentes, débarbouillage dans la rivière, et à 22h je ferme les yeux. Lorsque je les rouvrent, il est 4h. Je m'habille a la lumière de mon téléphone. Un bus part à 4h30 pour nous amener à une cinquantaine de kilomètre de là. Le but est donc de rentrer en courant au Wakely dam, en utilisant le Northville-Placid trail, un sentier de 52,5km traversant les montagnes et parfois les lacs lorsque les ponts sont encore debout. Le mot aventure devrait prendre tout son sens sur ce circuit, car il n'y aura pas de ravitaillement, pas de secours, rien. Pas de possibilité d'abandon. Il faudra gérer son eau et sa nourriture correctement, à moins de savoir cuisiner l'orignal. Le jour se lève à peine que le départ est donné à 6h30. Les 62 trail runners lâchent les freins et se font engloutir par la forêt les uns après les autres.

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Photo-0227   Le sentier est fantastique. Il serpente à travers une forêt impénétrable, avec une largeur ne dépassant pas 50cm. Parfois, le terrain est si accidenté, ou si humide, que des troncs d'arbres font office de passerelles. Je prends un rythme assez élevé, un peu plus de 10km/h, de façon à me glisser dans le groupe de tête et sortir du peloton. Au bout de quelques kilomètres, lorsque je suis complètement seul dans les bois, avec une demi douzaine de coureurs devant moi, je prends mon rythme de croisière, environ 10km/h ou un peu moins. Malgré les sous bois, la chaleur me fait boire énormément. Je me force à courir dans les montées, puis, voyant que j'ai beaucoup d'avance sur ceux derrière moi, je me décide à prendre un rythme plus cool, et à marcher lorsque les montées l'exigent. De plus, mon eau diminue. Lorsque mon GPS indique la mi-parcours, 26km, en un peu moins de 2h45', un magnifique pont de bois traverse le West Canada lake. Ce lac est si sauvage qu'on a l'impression qu'à chaque instant un caribou peut débouler sans prévenir du bois pour se raffraichir dans les eaux vertes. Ces eaux si vertes. Mais une fois dans le Camelbak, cette poche d'eau de 1,5 litre qui m'accompagne sur les longs voyages, cette eau n'a pas l'air si terrible. Je n'ai pas hésité en effet à le remplir dans le lac. Si j'ai bu 1,5 litre à la moitié du chemin, il est clair que je dois faire le plein avant la fin. Et quoi de mieux que les eaux sauvages des Adirondacks pour puiser l'énergie pour affronter ses sentiers ? Et je reprends ma route.

Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0035 1   Dès lors, les ponts s'enchaînent au-dessus des lacs et des rivières, lorsqu'ils ne sont pas écroulés, ce qui ne fait qu'embellir le charme de la course. Lorsque je ressens un coup de fatigue, après 30km de course, je n'hésite pas à puiser dans mes réserves. C'est aussi à ce moment là que le mental prend la relève. Je dépasse quelques coureurs, et ça m'aide. Puis j'atteins 35km. Et 40, 45km d'après mon GPS. J'ai à nouveau fini mon eau, ainsi que toutes mes réserves de nourriture. Il n'y a plus un seul ruisseau ou lac à présent. Qu'importe, je me sens d'attaque pour ne faire qu'une bouchée de cette poignée de kilomètres restante. Je prends un rythme soutenu pour finir au plus vite les 7,5km, sans eau ni nourriture, sous le soleil de 11h30, après 5h de course. A 51,5km, les piles du GPS lâchent. Je continue sans broncher, car l'arrivée se situe surement au prochain virage. Je cours 5 minutes. 10 minutes. 20. Ma vitesse diminue, et je me déshydrate. Pas de rivières, et cette route qui s'éternise, qui s'allonge. J'ai l'impression de reculer. Pourquoi ce kilomètre est il si long ? Un doute effroyable m'envahit : je me serais trompé de route ? Puis un coureur me dépasse sans que je ne puisse tenir son rythme, mais -ouf!- je suis sur le bon chemin. Je croise alors un coureur qui s'entraine, dans le sens opposé au mien : "- How long is the way until the Wakely? - About 40 minutes". Mon moral tombe complètement à plat.

10   Je peste contre mon GPS qui a confondu les kilomètres et les miles, je rage contre ma soif et rêve de trouver un Coca frais au bord du sentier. J'ai de plus en plus de mal à avancer sans marcher. Et ce sentier qui n'en finit plus. Je tourne en rond, si ce n'est pas sur la course, c'est dans ma tête. Et puis cette soif... C'est alors, qu'au détour d'un virage, je tombe sur une rivière à l'eau brun rougeâtre. Je me jette à ses rives comme un chien sur une saucisse, et, les yeux surement injectés de sang, j'en bois à grandes lampées. Lorsqu'un autre coureur s'en vient, je repars aussitôt, mais j'ai hélas trop puisé dans mes réserves pour suivre son pace. Nous échangeons quelques mots sur la difficulté de la course et je l'invite à m'abandonner à mon sort. Heureusement, comme toute les bonnes choses ont une fin, je tombe peu après sur le site d'arrivée, et c'est avec une grande joie que je franchis la finish line arborée de drapeaux américains. Et c'est avec une plus grande euphorie encore que j'ouvre la glacière et me prends un Coca frais : mon rêve s'est finalement réalisé. On m'annonce ensuite que je suis 5ème en 5h51'. Je suis plus que satisfait de ce classement, mais ne peux m'empêcher de songer aux deux coureurs qui me doublent sur le final, et finissent à 1 et 4 minutes devant moi. Dire que j'étais 3ème durant une bonne partie de la course. Mais je préfère rester sur une note positive en me félicitant de ne pas être malade malgré les litres d'eau de rivières et lacs que j'ai bu. Je me prélasse dans la rivière le reste de la journée, et mange, en attendant les amis canadiens qui ne devraient plus tarder. J'échange avec les coureurs et les organisateurs, notamment Doug et Kimberlee Gardner, les race directors, dont la sympathie m'amène à promettre de rédiger un résumé de course sur mon blog... en anglais!...

 

ENGLISH VERSION

    The road is long for he who does not pursue his dream to the end. But the road is not less long for he who wants to live them. That's why I decided to ride the 300km from Montreal, QC, Canada to Piseco, NY, USA with a gang of ultrarunners as friendly as athletes. Piseco. Because it was there the adventure will begin. And "adventure" was not the wrong word to qualify this day in the Adirondacks park. 

Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0029 1   After 300km, the route becomes a dirt road, tortured by turns and rocks. Ahead, the car disappears, appears, and then, suddenly, the path stops in a wild place on the shore of a lake. There is  no drinking water, no electricity, the cells cannot receive any signal. No doubt, we are at the right place. Here is the Wakely dam. 

Untitled   And at this "end of the world", there are peolple. There are runners. For the first time, I forgot the stress of the city, I opened my eyes and I discovered another world. In a big city, when I see all these people stifled by the social life, I feel myself like a piece of plastic that someone tries to bring in the wrong mold. At the Wakely, the masquerade stops and the best appears. Everybody knows why he is here. Everyone has a goal in his mind.

Untitled2   The atmosphere of the great races is here: pasta party, going up the tents, shower in the river and at 10pm, only the sound of the wind in the treescan be heard. I close my eyes. When I open them, it is 4am. I have 52km to run today. I dress thanks to the light of my cell phone. I eat one or two energy bars with orange juice. The bus leaves at 4:30am and bring us somewhere in the Adirondacks at 1 hour from the camp. To complete the race, we have to follow the Northville-Placid trail that meanders between the mounts and the lakes and finishes at the camp, 52.5km at the south. There will be no aid stations. We will have to use food and water as intellignetly as possible, unless someone knows how to cook mooses: this is adventure. At 6:30am, the 62 runners are engulfed by the forest.

5Photo-0231   The trail is awesome. It is 50cm width but it is enough to go through the wild nature. The ground is sometimes so wet that tree trunks are used as bridges to pursue the path. I take a good speed to run with the first ten runners at the head of the race. After a few kilometers, I am completely alone, so I decide to slow down. I think I am enough far from the pack, and I would like to listen my body now to go as long as possible with good feelings. The weather is warm, and I drink a lot. After 26km (according to my GPS) and 2h45', I have drunk the whole drop bag, 1.5 liters. I have no choice: I fill up in the green water of the West Canada Lake. That's not a bad idea, only the water of the Adirondacks can help me to face up with the mountains. And I continue to run.

9               Km after km, hours after hours, bridges -when its are not out- bring me through the lakes and the river. I feel the weight of water on my spine decreasing. But I feel the finish approaching too. The 30-35th km were tough mentaly. Fortunately, after the 40th, the smell of the stable makes easier the run. And I passed 2 or 3 runners, so I feel stronger. At 4km from the end, I finish all the water and all the food. No problem, I can go without, it might not be too long. I have 48km and 5 hours in my leg, however I take a good speed in order to run these 4 last km in 20/25 minutes. My GPS shows 51,5km done when the battery dies. No matter, only one kilometer is OK. I run 5 minutes. Then 10 minutes. 15. Hey, why it is so long ? After 20 minutes, I see someone going in the opposite way: "- How long is the trail until the Wakely? - About 40 minutes". Arg! I don't know why my GPS made me this joke, I was not at 1km from the finish but certainly 5 or 6. I am so angry against it. It does not lastwhen my thirst finally outweighs my anger. I didn't see any river or lake for 30 minutes, and I am dreaming about finding a fresh Coke behind a tree. A runner passes me. I can't follow him.

10  15 minutes later, I hear the sound of a little river. When I see it, despite the reddish water, I plunge my face like an deshydrated animal. I drink a lot, and another runner passes me.  Immediately, I try to follow him but it is impossible, I have not enough energy. We speak about the difficulty of the race, and I ask him to leave me to my fate. Finally the finish line  appears and makes me so joyful. I am 5th overall, I needed 5h51' to run the Damn Wakely dam ultra. I am so happy to be a Wakely finisher. But I am happier when I open the icehouse to take a fresh Coke: my dream comes true!

Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0044 1 Damn-Wakely-dam-ultra-52-5km-1500m+-1200m--USA-2011 0039 1

e9d31880550370801b9b88ef6e41db8eDAMN WAKELY DAM ULTRA - 52,5KM - 1200M+ - 1100M-

5h51'42''

8,956km/h, 6'42''/km

4347kcal

5ème sur 62 partants

1er men 20/29 years.

Les photos ici - pictures here.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 18:09

Sans titre-copie-3

    Lorsqu'en 1923 Franck Robbins et Marion Buck inauguraient l'un des plus vieux interstate trails du territoire des Etats Unis, le Wapack trail, chemin de 21,5miles (34,5km) à travers les monts du Massachussets et du New Hampshire, jamais ils n'auraient imaginé qu'une bande de fous se serait retrouvée chaque année en mai pour s'offrir l'aller et retour de ce chemin, alors qu'autrefois un jour de marche était nécessaire pour le parcourir en totalité, du Mont Watatic, MA jusqu'à North Pack Monadnock Mountain, NH. Ils auraient encore moins compris l'intérêt de faire six heures de voiture depuis Montréal pour se dégourdir les jambes. Et pourtant...

   Car si la route est longue pour celui qui ne va pas au bout de ses rêves, elle n'est guère plus courte pour le téméraire assoiffé de nouveaux horizons. Aussi, après un départ vers 18h de Montréal, après avoir attrapé une crampe à force de sourire continuellement pendant une demi heure à la frontière, c'est à minuit que j'ai enfin touché le sol du Massachussets, sur le parking du Mont Watatic, perdu dans la montagne, départ du Wapack trail, pouvant ainsi m'offrir un rapide casse-croûte, avec pour seul compagnie les bruits de la forêt et... deux amoureux dérangés dans leur affaire qui me laisseront seul assez tôt en voyant que je compte bien m'installer là.

mena-third-PA069455-9457 Mt Watatic   Ainsi, après une courte nuit de trois heures, les phares des voitures des premiers arrivants me réveillent. Je sens l'ambiance des longues courses monter. Des nuits aussi courtes que les distances sont longues, des départs à la lampe frontale, ... Après quelques brèves explications sur le sentier ("follow the yellow blazes"), nous sommes 37 à nous faire avaler par la noirceur de la forêt. La particularité de cette course est qu'après avoir fait l'aller-retour du trail, les coureurs en seront à 69km. Libre à eux alors de choisir s'ils veulent s'arrêter là et être classés sur le 43miles, où s'ils veulent continuer sur l'ultime boucle, les menant à la distance finale de 50miles.

Photo-0155   Le sentier se révèle très technique, jonché de pierres et racines, parfois de flaques. Les deux premières heures se font à la lampe frontale, puis le soleil se décide à éclairer notre chemin. Comme à mon habitude en ultra, je marche rapidement dans les montées, de toute façon trop raides pour y courir, et me laisse aller en courant dans les descentes. Le plat est rare, mais le sentier est très agréable, et le soleil nous fait même l'honneur de chauffer nos visages. Je me fais doubler et double des coureurs et oscille entre les 5ème et 10ème place. Je retiens ma foulée pour conserver mes forces pour plus tard. Puis, comme dans toute course assez longue, vient le moment des discussions avec les trailers. Lorsqu'on court des heures à coté d'un bonhomme sans lui parler, on finit par se trouver ridicule et  engager la conversation. Je parle ainsi avec deux coureurs jusqu'à la fin du sentier, ou nous ferons demi tour. Pour eux aussi c'est le premier 50miles, le jour de la réponse à beaucoup de questions. Nous partageons des expériences de courses, eux des trails nord-américains et leurs rêves de 100miles, moi de mes courses en France.

WapackTrail-NPackbyDougWeise2005   C'est un état d'esprit différent qui règne. En Europe, on ne court pas plus de deux marathons dans l'année, et on arrive suréquipé sur les ultramarathons. Ici, on enchaine les 50miles à tour de bras, et prend le départ avec une paire de basket, une gourde à la main et un short, parfois même torse nu. Pour un américain, une course  comme celle-là, ça se passe dans la tête, et ce n'est pas la dernière paire de Salomon qui fera avancer les jambes toutes seules sur les derniers kilomètres.

   Nous parvenons ainsi à la fin du sentier de 34km en 4h30'. Après avoir fait demi-tour, les crampes, pas les miennes, pas encore, nous séparerons. Je progresse ainsi seul dans les forêts du New Hampshire, admirant parfois de splendides points de vue. Les paysages et le terrain rappellent parfois le massif central, parfois les Alpes, et souvent n'ont rien à voir avec tout ça, lorsque des lacs marécageux s'improvisent en plein milieu d'un bois de conifères. Le soleil tape lourdement et la roche renvoie sa chaleur. L'air est lourd. J'avance par petits objectifs : aller d'abord au prochain ravitaillement dans 15km. J'y serais dans deux heures, puis je penserais au suivant. Il vaut mieux éviter de trop se projeter dans le futur, et encore moins penser à la ligne d'arrivée, au nombre de kilomètres qui me sépare d'elle.

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   Le temps devient de plus en plus chaud, et je me surprends à rêver d'un seau d'eau pour me rafraichir. Depuis une vingtaine de kilomètres je m'alimente beaucoup de barres de céréales. C'est le kilomètre 50 et je suis tout de même bien physiquement. Un coureur me double. Il me dit qu'il prépare un 100miles -il en a déjà fait deux- et là c'est son entrainement. Je lui souhaite bonne chance, et préfère éviter de suivre son rythme. L'avantage de cette portion du parcours est que je rattrape beaucoup de coureurs du petit circuit. Ces coureurs sont partis à 9h de l'endroit où les 50 milers font demi-tour, et tout le monde se retrouve sur la ligne d'arrivée. Je double ainsi les plus lents et leurs encouragements donnent de l'énergie. Mais à l'approche du 60ème kilomètre, ce ne sont plus les barres de céréales qui me font avancer, mais plutôt les encouragements venus de l'autre continent que je reçois sur mon portable. Il est bon de se sentir soutenu dans les moments de fatigue et de lutte intense.

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   Car je sens que j'entre dans un de ces moments-là. Si je ne mange pas, je me sens faible. Les quelques orages ici et là ne suffisent même pas à rafraîchir l'air. Je fonctionne en flux tendu, c'est-à-dire que je consomme tout ce que je mange. J'ai puisé dans toutes mes réserves, stockées grâce à de copieux repas où se mêlent pain, pâtes et riz, depuis trois jours. Aussitôt que je mange une barre, elle passe dans le sang et est utilisée comme carburant. Si je suis à court de nourriture, je ne peux plus continuer. Heureusement, j'ai de quoi tenir un siège dans mon Camelbak. Photo-0148   J'atteins finalement la ligne d'arrivée au bout de dix heures d'effort. J'ai retrouvé de bonnes jambes dans la descente. Mais je n'ai fait que 69km, reste encore la petite partie de 11km à faire. On m'annonce que si je m'arrête maintenant, je serais 3ème du 43miles. Si je continue, je serais 4ème du 50miles. Avec un moral gonflé à bloc, je reprends ma route. Mais elle devient un véritable chemin de croix.

The-Wapack-and-back-trail-race-50Miles-80km-3700m+-USA-2011Photo-0152   Les marathoniens connaissent bien le mur des 30km, où l'organisme refuse en bloc tout effort de plus. Les coureurs de 100km parlaient d'un mur beaucoup plus intense au km 70 de leurs courses de 100km. Ce mur était devenu un mythe, une légende. Peu de gens ont la chance de pouvoir se vanter d'avoir connu le mur qui attend le marathonien au km 30. Encore moins ont vécu celui du 70ème km. Et celui-là, il est très haut. C'est une muraille. Je viens de me prendre en pleine face The Wall.

   Lui n'a pas bougé d'une brique, mais moi je suis détruit. Nous faisons connaissance, et les présentations sont rudes. Je n'arrive plus à manger. Il faut dire que  la dénivellation a été très importante sur cette course, les 3700m+ d'ascension ont eu raison de moi. L'estomac ne veut rien entendre, peut être qu'il n'y a plus de sang pour l'irriguer suffisamment, que les jambes pompent tout. Dès que je mange quelque chose, j'ai des nausées. je n'arrive même plus à boire. Du coup, les premières crampes arrivent. Je m'étire régulièrement, je monte le volume de la musique et m'enferme dans une bulle. Je sais que ça va passer, un mur ne dure que sur une demi-douzaine de kilomètres. Mais la plupart du temps je marche, d'autant plus qu'un mal de tête monte et s'intensifie. Ces 11 derniers kilomètres consistent en un aller-retour à un ravitaillement situé à 5,5km de l'arrivée. Il me faut 1h30 pour faire ces 5,5km.

Photo-0143

   Au ravitaillement, tout en cachant ma fatigue, qui devient extrême après une nuit de trois heures et 11h30 de course, je me demande comment expliquer à mes jambes qu'il reste encore 5,5km à faire. Alors que je comptais leur annoncer la mauvaise nouvelle, j'aperçois deux coureurs qui me rejoignent. Pendant que je marchais tout en me plaignant sur mon sort, d'autres avaient trouvé l'énergie de me rejoindre. J'enfile mon Camelbak et repars aussi sec. Je me dis que plus je courrai vite, plus la souffrance sera courte. Je ne marche plus du tout et cours même dans les montées les plus dures. Je me retourne sans cesse et devine à une centaine de mètres mon poursuivant. Et, aussi rapidement qu'il était venu, le passage à vide disparait.Photo-0154

   J'avance à nouveau à une formidable allure. J'en viens à me demander si je ne suis pas mort, si je n'ai pas atteint le point de non-retour, si je ne me suis pas noyé dans ma propre folie. Heureusement de nombreuses crampes me rappellent les douces sensations de la chair vivante mais meurtrie. Elles me prennent de partout, dans les mollets, les quadriceps, les ischio-jambiers, même dans les orteils. Pendant que je fais l'inventaire des différents muscles constituant les membres inférieurs du corps humain, je constate que j'ai enfin semé mon poursuivant. J'attaque alors la dernière descente et hume à plein nez l'odeur de la ligne d'arrivée. Il ne m'a fallu que 30 minutes pour faire ces 5,5km, trois fois moins de temps que pendant l'épisode de mon mur. Je profite du moment, car des comme celui-ci, j'en ai vécu très peu, et aujourd'hui je n'ai jamais autant souffert pour y parvenir, à ce moment. Depuis des mois je m'imagine franchissant la ligne d'arrivée. A cet instant précis, je l'aperçois enfin. C'est l'aboutissement de beaucoup de choses, de beaucoup d'entrainements, et puis d'un rêve, celui d'un jeune très motivé et un peu fou qui voulait aller courir un 50miles aux Etats Unis. Je déguste chaque seconde, chaque pas qui me rapproche de cette ligne. Je voudrais que ces derniers mètres soient un peu plus grands, comme l'enfant qui veut que le film dure un peu plus longtemps au cinéma. Le film va finir et le rideau se fermer. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens. Il existe des moments que l'on ne décrit pas. On les vit.

 

    I did it.

2

THE WAPACK AND BACK TRAIL - 80,5KM - 3700M+

11h59'57''

6,667km/h, 8'53''/km

4ème sur 37 partants

1er men 20/29 years.

Les photos ici.

Photo-0156

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 12:42

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      Ce trail avait déjà mal commencé puisque la veille en rentrant en véloroute, je percutais une voiture dans un rond point, pliant ainsi le cadre de mon vélo. Quelques égratignures plus tard, la météo annonçait un mauvais temps sur le Ventoux pour le départ de ce trail de 46km, avec 2650m d'ascension. Qui l'eût cru alors que le thermomètre affichait 20°C depuis plus d'une semaine ? Mais après une courte nuit, et un lever à 5h50 (merci ô changement d'horaire), je n'ai pu que constater la motivation des 1206 coureurs venus en découdre soit avec le 46km, soit avec le 24km.

 

photo 1 (2)   Le départ est calme, la faute aux dénivelés qui s'enchainent dès les premiers kilomètres. Je prends mon rythme, celui des longues courses. Au bout de deux heures, je rejoins le premier ravitaillement du kilomètre 16 et m'offre un festin de boissons et de sucre. Un kilomètre plus loin c'est la séparation entre les deux parcours de 24 et 46km. Mais voila on nous annonce que le temps est apocalyptique au sommet. Les bénévoles veulent fermer le grand circuit. 109 coureurs sont déjà passés. Il en faut plus pour m'impressionner et je prends le chemin du 46km. Je suis le 110ème et dernier coureur à m'aventurer sur ce chemin, les 1106 autres n'auront pas d'autre choix que de partir sur le 24km qui ne dépassera pas 1200m d'altitude. Des secouristes me disent que j'ai 10 minutes de retard sur le type de devant. Je décide de forcer le rythme car je n'ai pas envie de finir les 30 kilomètres seul. La pente devient très raide, c'est un chemin direct vers le sommet, culminant à 1912m. J'ai 700m de dénivelé à prendre. Le terrain est très accidenté, il faut sauter de rocs en rocs. Mais je ne suis pas au bout de mes peines.

6591-photo-116-trail-du-ventoux-2011-copie-1

Photo-0110   Au fur et à mesure que je m'approche de l'antenne sommitale, le vent forcit, la température diminue. Vers 1500m d'altitude, des rafales de vents verticales projettent une pluie de grêle, ou de pluie et de neige mêlées dans les meilleurs moments, sur mon visage. Je n'ai qu'un Tshirt et une veste imperméable, et décide donc de courir plus vite pour ne pas geler sur place. Je n'ai pas de gant et mes mains sont si froides que je ne parvient plus à saisir des objets pour boire ou manger. Je suis trempé de la tête au pied par la pluie malgré ma veste imperméable, et le vent glacial me glace les os. Ma paupière droite se ferme et ne se rouvre plus. Je dois la rouvrir à la main ! Je me demande comment va se terminer l'aventure. Peu avant le sommet, la température est de -10°C. Mais en courant sur quelques plaques de neige, je rattrape une demi douzaine de coureurs. En les doublant, je les encourage, ils me bafouillent quelques mots incompréhensibles. Ils grelottent tellement qu'ils n'arrivent plus à parler. Puis le brouillard devient si épais que je ne vois pas à une dizaine de mètres.  Au sommet, même en étant à côté d'elle, je ne vois pas le haut de l'antenne noyé dans le brouillard. Peu  après, ce sont les balises du parcours que je ne vois plus. Je saurais plus tard qu'un groupe de coureurs (dont l'une des 5 féminines qui se sont engagées sur le 46km) s'est perdu à cet endroit, et ce sont les secours qui les ont retrouvés en état d'hypothermie. Je veux bien le croire car en courant à bonne allure je suis gelé, et des coureurs perdus, en état de stress, cherchant leur chemin, baissant leur rythme, doivent avoir leur température corporelle qui diminue très rapidement. Un coureur me conseille de suivre les bâtons de la piste de ski, ils mènent au deuxième ravitaillement. Je le dépasse, mais dans la descente je force moins et me refroidis. Je croise un secouriste qui raccompagne un trailer blotmeti dans une couverture de survie. Puis, enfin, le ravitaillement apparait. Nous sommes au kilomètre 27, avec 4h de course au compteur. Des ambulances sont remplies de coureurs grelotants dans des couvertures de survie. Un bénévole m'avoue son inquiétude car il recherche un bonhomme qui a demandé une ambulance mais qui a disparu. Je m'arrête deux minutes pour manger et je suis frigorifié. Je repars alors aussitôt pour me réchauffer.

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La montagne aux deux visages n'a jamais aussi bien porté son nom. Après le temps doux dans les ocres au pied du Ventoux, les conditions deviennent dantesques lors du passage au sommet à 1912m.

   Un peu plus loin, une féminine est assise en plein milieu du sentier. Elle grelotte et me dit qu'elle n'arrive plus à se relever, à cause de nombreuses crampes. Je l'aide à s'étirer, la relève et lui conseille d'abandonner. Elle refuse, je lui dit alors de reprendre vite la course pour éviter une hypothermie. Puis le parcours devient globalement descendant, alternant entre petites montées et grosses descentes. Et grâce à l'altitude qui diminue je parviens à me réchauffer, à boire, à manger. Je rattrape des trailers ou me fait rattrapé. Au fil des croisements entre coureurs, je discute. La plupart ont déjà couru des trails comme l'UTMB ou la diagonale des fous. De quoi forcer le respect et suivre leurs pas avisés. Les conversations font se dérouler plus vite les kilomètres. Mais mon GPS lâche, le froid a vidé les piles, je ne sais plus combien de kilomètres il reste. Puis, la pluie s'abat. Je recommence à nouveau à avoir froid. A 8km de l'arrivée, la dernière descente s'amorce. Je la ferais avec un coureur expérimenté, qui me soutiendra psychologiquement jusqu'à la fin. Nous finissons ensemble en 6h03'22'' de course, deux heures après le premier, Julien Rancon. lui même devant  Thomas Lorblanchet, champion du monde de trail en titre. En ce qui concerne les résultats, je finis 69ème au scratch. J'ai donc doublé environ 40 coureurs depuis le moment où je me suis engagé sur le 46km. Je remercie mon équipier de voyage, puis suis remercié par la féminine que j'ai aidé, qui a l'air d'aller mieux et qui finit à peine 5 minutes derrière moi. Je ne suis pas mécontent de me retrouver mes parents qui se gèlent depuis deux heures sur la ligne d'arrivée, de me changer et de prendre un repas chaud.Je retrouve l'ami John Brunel avec qui nous avions joué les outsiders au trail de Fontaine de Vaucluse il y a un mois. Aujourd'hui il a cartonné et fini 3ème au scratch sur le 24km.

photo 3photo 4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Derniers mètres avant l'arrivée, et repos mérité sous l'arche d'arrivée.

 

 

 

   Cette édition du Ventoux restera mémorable. Mémorable par ses conditions dantesques. Mémorable aussi parce sur 1206 coureurs au départ, 110 auront affronté le sommet du géant de Provence, et 80 en seront ressortis indemnes, sans être en état d'hypothermie. Aujourd'hui, le chrono n'était pas au programme du jour, mais je m'estime heureux d'avoir fait partis de ces 80 "survivants" qui peuvent dire "2011, j'y étais, je l'ai fait". Après le passage des derniers coureurs, 30cm de neige tomberont dès 1400m d'altitude.

Les photos ici.

Des images et des comptes rendus de cette course :

- sur Salomon endurance :

 

- sur Endurance mag :

   "Les conditions vont soudainement s'aggraver avec la grêle, le brouillard, le vent et des températures ressenties avoisinant sans doute les -10°C [...]. Au passage au chalet Reynard, certains coureurs abandonneront, victimes d'un début d'hypothermie [...]. Ils sont donc 80 coureurs à avoir franchi la ligne d'arrivée de ce grand parcours qui restera dans les mémoires, car même les coureurs les plus aguerris, déclaraient à l'arrivée n'avoir jamais connu de telles conditions de course".


TRAIL DU VENTOUX - 46KM - 2650M+

6h03'22''

7,596km/h, 7'53''/km

69ème sur 1206 partants, 80 finishers

46ème sénior.

Published by sacha-cavelier-endurance-run - dans Récits de courses à pied - ultra
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